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Moussa Gana
De 1920 à 1975
Assemblée Chrétienne au Tchad
République du Tchad

Moussa Gana est le premier missionnaire de Madana, un village situé à quarante cinq kilomètres de Doba (sud du Tchad).

Dès sa jeunesse, Moussa est parti au Nigéria à l'aventure. Là bas le jeune homme a entendu la Bonne Nouvelle et s'est converti au christianisme. Après sa conversion, il a décidé de retourner dans sa région natale pour partager la Vie Nouvelle avec ses parents. C'est sans doute entre 1930 et1935 qu'il s'est installé à Madana.

Moussa Gana épousa Gadnar et Dieu leur a donné trois fils.

À l'époque, le village était reconnu pour la puissance occulte de son fleuve nommé Lao (" fleuve mystérieux et dangereux "). Tout ceux qui touchaient l'eau du fleuve Lao mourraient. Par conséquent, personne ne pouvait aller au fleuve ni pour pêcher ni pour se baigner.

Lorsque Moussa Gana a commencé à évangéliser la région de Madana, il a dû souffrir beaucoup de persécutions. D'abord les chefs traditionnels l'ont accusé d'importer une religion étrangère pour détruire leurs coutumes car l'essence de ces traditions était " la politique du ventre". En dépit de toutes ces persécutions, Moussa est resté fidèle et l'évangile se propageait progressivement dans toute la région avec beaucoup de personnes qui se convertissaient.

Ensuite, un jour, Moussa Gana et ses frères chrétiens ont décidé d'organiser une cérémonie de pêche dans le fleuve Lao. Tout le village considérait que cet acte était une provocation. Mais l'homme de Dieu et ses fidèles ont jeuné et prié pendant plusieurs jours, étant convaincus que la Parole de Dieu ordonne que l'homme doit maîtriser toute créature (Genèse 1v.28). Le jour venu, très tôt le matin, tous les chrétiens au bord du fleuve entonnèrent un chant de guerre à l'exemple des enfants d'Israël pendant la conquête de la ville de Jéricho. Ils chantèrent ji ted ro Lao ge ri Jesu Kristi (" nous vaincrons Lao au nom de Jésus Christ ") en faisant plusieurs fois des aller retours tout au long du fleuve. Au son de ce chant, de nombreux hippopotames sortirent du fleuve et prirent la fuite.

Moussa ordonna alors aux chrétiens de se mettre à pêcher et c'est ce qu'ils firent pendant trois jours. Pendant ce temps, le village attendait en vain que Lao jette un mauvais sort aux chrétiens. Le quatrième jour, tout le village se mit aussi à pêcher. Quelle grande pêche ce fut ! Ce grand événement a amené beaucoup de non-chretiens à accepter Jésus Christ comme leur Sauveur et Seigneur personnel, témoignant de la grandeur et la puissance du Dieu de Moussa Gana. Ainsi, beaucoup de villages de la région de Madana devinrent chrétiens. Depuis ce jour, le fleuve Lao a perdu sa puissance mystérieuse et on y pêche jusqu'à nos jours.

De 1973 à 1975, le Président François Tombalbaye (Ngarta) a publié un décret instituant le Mouvement National pour la Révolution Culturelle et Sociale (MNRCS) au Tchad. L'idéologie prônée par ce mouvement était le retour aux sources. Ce retour consistait à revaloriser les coutumes et la culture tchadiennes. [1] Cette revalorisation devrait entraîner " le renoncement à la culture occidentale et l'adaptation des danses et pratiques traditionnelles dont l'initiation ou encore le yondo est le point central. " [2] L'initiation, faut-il le rappeler, est une manière de vie secrète des hommes, caractérisée par une langue mystérieuse, inconnue des femmes et des enfants. Le but fondamental du mouvement était de transformer la mentalité des tchadiens pour qu'ils soient capables de prendre la responsabilité pour leur destinée et de parvenir à un développement harmonieux.

Lors d'une conférence tenue à Doyaba (Sarh), le Président Tombalbaye a accusé les chrétiens d'être les valets des missionnaires blancs : " Tout chrétien est tenu d'aller à l'initiation, car un homme non initié est imparfait. Cependant je verrai les opposants, s'ils seront capables de porter la croix de Jésus Christ ". [3]

Le 10 décembre 1973, le président de la république a signé l'arrêté no. 2928/PR/INT pour suspendre toutes les activités de l'Eglise Mid- mission au Tchad. [4] Tous les chrétiens ou diacres étaient amenés de force à l'initiation. Ceux qui refusaient de se soumettre étaient maltraités ou enterrés vivants. Moussa Gana fut un de ces derniers.

Moussa Gana n'a jamais renié sa foi. Alors ses bourreaux préparèrent sa tombe. Avant sa mort, Moussa Gana dit ceci : " Depuis plus de quarante ans que je suis dans cette région, je ne vous ai pas offensé. Mon travail était de vous annoncer l'évangile de Dieu afin que vous puissiez vous détourner de vos mauvaises voies et obtenir le salut de Dieu. Mais vous avez refusé de m'écouter et maintenant vous voulez me tuer. Le Seigneur me dit : 'À Moi la vengeance' ". Une fois fini de témoigner sa foi, il descendit lui-même dans la tombe et demanda à un de ses cousins de mettre sur lui sa couverture. Ses bourreaux lui jetèrent sa Bible et proclamèrent également l'enterrement de Dieu. [5] Alors les initiés dansèrent toute la nuit sur la tombe. Les témoins rapportèrent que durant trois jours, l'homme de Dieu gémissait sous la tombe.

Deux semaines plus tard, le 13 avril 1975, un coup d'état éclata et le Président Ngarta Tombalbaye trouva la mort. Ainsi ce fut la fin de la persécution des chrétiens.

Moussa Gana était le pionnier de la région avant l'arrivée du missionnaire Olley qui a commencé l'Assemblée Chrétienne au Tchad (ACT).

Mbaihoguemel Samuel



Notes:

1. Minganodji Miaos Psaume, Les martyrs chrétiens au Tchad sous la machine du MNRCS de 1973-1975 (fascicule, 2006, vol. II). p.2.
2. Monelbaye, cité par Minganodji, p.2.
3. Monelbaye, p.15.
4. Monelbaye, p.17.
5. Ngarhoudal, interview.

Bibliographie:

Minganodji Miaos Psaume. Les martyrs chrétiens au Tchad sous la machine du MNRCS de 1973-1975 (fascicule 2006, vol. II).
Monelbaye, cité par Minganodji Miaos Psaume. Les martyrs chrétiens au Tchad sous la machine du MNRCS de 1973-1975 (fascicule 2006, vol. II).
Ngarhoudal Jean, neveu de Moussa Gana. Gendarme retraité, ancien de l'Eglise Evangélique au Tchad no 11, Moundou. Interview par l'auteur le 28 juin 2007, Moundou, République du Tchad.


Cet article, reçu en 2007, est le produit des recherches de Mbaihoguemel Samuel, ressortissant de la Faculté de Théologie Évangélique de Bangui en République Centrafricaine avec une maîtrise en théologie générale. Il est traducteur exégète dans le projet de traduction de la Bible en langue tunia-un peuple non atteint au Tchad-et professeur au Centre de Formation Biblique de Sarh, au Tchad.




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