Accueil


Paul Earle Carlson
De 1928 à 1964
Covenant Church
République Démocratique du Congo

Paul Carlson, docteur missionnaire au Congo, perdit sa vie dans le champ de mission, sauvagement assassiné à Kisangani, le 24 novembre 1964, corps étendu au milieu de tant d'autres victimes de la première d'une série de rébellions en République Démocratique du Congo depuis les années soixante.

Vocation missionnaire pour le Congo

Paul Earle Carlson naquit le 22 septembre 1928 aux Etats-Unis. Après avoir terminé son premier cycle d'études universitaires en anthropologie à l'Université de Californie, il completa le deuxième cycle cinq ans plus tard en médecine à l'Université George Washington.

Carlson répondit à l'appel missionnaire en 1961 à la demande du Centre Protestant d'Assistance (Congo Protestant Relief Agency) qui avait un besoin urgent de volontaires pour une mission de sauvetage au Congo. Cette demande fut rendue plus que nécessaire après le désastre causé dans ce pays avant et après son indépendance. Carlson fut ainsi affecté à la station missionnaire de Wasolo, dans un hôpital de quatre-vingts lits, construit par Evangelical Covenant Church en 1951. Dans la vaste région de Wasolo, une population d'environ 100.000 personnes était ravagée par toutes sortes de maladies et de problèmes médicaux: ankylostome, pian, tuberculose, elephantiasis, lèpre, gouâtre, malnutrition, hémorrhoïdes, hernies. Durant son séjour, Carlson nota également qu'en plus de l'insuffisance indescriptible de soins de santé, la population souffrait cruellement de l'insuffisance du témoignage de l'Evangile.

Son expérience de six mois à Wasolo incita Carlson à considérer l'engagement missionnaire à long terme comme une urgence. Cet engagement fut également motivé par le désir de la population locale de revoir ce serviable médecin avec toute sa famille. La famille Carlson fut aussitôt dédiée à l'oeuvre missionnaire par Covenant Church en 1962. Après un séjour d'études en médecine tropicale en Angleterre au courant de la même année, Carlson fut rejoint par sa famille à Paris pour l'apprentissage de la langue française. Leur arrivée au Congo en 1963 fut aussitôt suivie par quelques mois d'apprentissage de la langue lingala à la station missionnaire de Karawa, puis par leur installation en octobre de la même année à Wasolo.

Décrivant le travail de routine de Carlson pendant son séjour au Congo, Dowdy rapporte ce qui suit:

Il passait la matinée dans la chirurgie et dans la tour de salle à la pediatrie, à la médicine interne, à la léproserie. et les après-midi dans les villages voisins.En plus de cela, il y avait des bâtiments à construire, des véhicules à reparer, des nourritures à offrir aux malnutris, des sermons à prêcher, et aussi une famille à gérer. Sa famille se réunissait en prière chaque matin et Paul Carlson priait comme un fermier qui parle à son cheval d'une manière familière, intime et frappante.
Son arrestation et son assassinat

La rébellion éclatée à Kisangani, dans l'est du pays, interrompit le service que ce missionnaire avait à rendre à ce pays. Quatre ans après l'indépendance non-préparée, la République Démocratique du Congo sombra dans un désordre qui profita aux bandes armées. Les sécessions se déclaraient ça et là à travers le pays, chaque groupe ayant sa motivation souvent non avouée. La rébellion dans la région de Kisangani était dirigée par le "Général" Olengha, originaire de la même ethnie que Patrice Lumumba, le premier ministre assassiné trois ans plus tôt. Ce soulèvement, mené essentiellement par les Batetela, l'ethnie de Lumumba, et appelée la rébellion Simba (qui veut dire "Lions"), avait l'intention de venger Lumumba, leur frère assassiné avec la complicité des Belges et des Américains, disaient-ils. Pour cette raison, les rebelles ne pouvaient tolérer la présence de ressortissants belges et américains.

Carlson fut donc arrêté à Wasolo où il travaillait comme médecin. Les rebelles lui donnèrent le nom "Major Paul Carlson" et l'accusèrent d'être un espion américain. Accusé à tort d'être un "mercennaire," le missionnaire Paul Carlson fut criblé de balles le 24 novembre 1964 à Kisangani.

En 1968, à titre de reconnaissance, le gouvernement Congolais confia à l'église une grande concession ayant abrité une ancienne léproserie. Cette concession est connue sous le nom d'Institut Médical Evangélique Paul Carlson à Loko dans le nord de la province de l'Equateur. La Communauté Evangélique de l'Ubangi-Mongala, en partenariat avec la mission de Carlson (Evangelical Covenant Church), y a dévéloppé des activités humanitaires: hôpital, agriculture, élevage, pisciculture, enseignement primaire et secondaire, et aumônerie évangélique auprès des malades.

L'héritage de Carlson

Carlson est devenu inoubliable à cause de son martyre pour la cause d'un peuple congolais sans espoir, un peuple ruiné par les maladies mais condamné à mourir dans un pays sans loi. L'histoire de Carlson dépeint en termes tangibles ce que Tertullien a écrit il y a si longtemps: "Le sang des martyrs est la semence de l'Evangile." Pour cela, lors des funérailles de Carlson à Karawa, au Congo, un des responsables de l'église congolaise pouvait dire ce qui suit:
Celui qui a tué Paul ne l'a pas tué mais il nous a plutôt tués. Les gens qui pouvaient être guéris de leurs maladies par Dr. Paul meurent aujourd'hui chaque jour. Dr. Paul est mort une seule fois, mais nous mourrons chaque jour. Nous avons beaucoup prié pour que Paul soit relâché; mais c'est la volonté de Dieu qui est faite, et non celle d'un homme.
Joan O'Connell Hamilton évalue le dégré de l'engagement de Carlson en comparant son revenu annuel. Alors qu'il aurait pu gagner $12,000 par an en exerçant son métier de médecin aux Etats-Unis à cette époque-là, il avait choisi de travailler comme missionnaire pour un revenu annuel de $3,000.

Exprimant leur sentiment à la triste nouvelle de l'assassinat de Carlson, les membres du bureau de Sudan Inland Mission souhaitaient que sa perte puisse susciter "une génération de témoins dévoués qui porteront le message de la croix dans les régions où beaucoup d'autres gens ne l'ont pas encore entendu."

Ces quelques témoignages démontrent bien que l'héritage de Carlson va au-delà de la simple pratique professionnelle ou du simple besoin physique. Par son ministère, Carlson obéissait à l'ordre suprême de Dieu (Mt. 28 v. 19) et à l'amour profond du "grand commandement de la loi" (Mt. 22 v. 37-39; Jn.15 v. 13) enseigné par Christ. Il aurait pu rester dans son pays et donner une partie de son salaire aux oeuvres médicales au Congo. Mais, au contraire, Carlson s'est rendu au Congo pour répondre aux besoins physiques et spirituels d'une population qui avait besoin d'une intervention intégrale: corps, âme et esprit. Carlson s'est rendu en Afrique pour soigner des êtres humains dans leur integralité. Il était à la fois médecin (pour les besoins physiques, soma, en grec), formateur (pour les besoin mentaux, psyche) et prédicateur de l'Evangile (pour les besoins spirituels, pneuma). Voilà l'image complète de la vision de cet homme qui n'a pas hésité à donner sa vie pour d'autres. On peut suggérer sans aucun risque d'exagération que toute action à concevoir en mémoire de cet homme devrait inciter de nouveaux missionnaires à vouloir apporter "le message de la croix dans les régions où d'autres ne l'ont pas encore entendu."

Fohle Lygunda li-M



Bibliographie:

Carl Philip Anderson, edit., There was a Man: Paul Carlson (Westwood, NJ: Fleming H. Revell Company, 1965).
Lois Carlson, Monganga Paul (New York: Harper and Row, 1966).
Rick Carlson, Bearing the Marks (Chicago: The Paul Carlson Partnership, nd).
Homer E. Dowdy, Out of the Jaws of the Lion, Christian Martyrdom in the Congo (New York: Harper and Row, 1965).
Joan O'Connell Hamilton, "Paul Carlson: Martyr of the Congo" at www.covchurch.org/cov/pcp/carlson.html.


Cet article, reçu en 2005, est le produit des recherches du Révérend Fohle Lygunda li-M. Récipiendaire de la bourse du Projet Luc en 2004--2005, celui-ci est directeur exécutif du Centre Missionnaire au Coeur d'Afrique (www.cemica.org) à Kinshasa (Rép. Dém. du Congo) et coordinateur régional du DIBICA pour l'Afrique francophone.




Paul Carlson
Accueil