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Chambaron, Etienne (Frère Gonzalvien)
De 1827 à 1902
Catholique
Réunion / Madagascar

Le 15 octobre 1827 naquit à Chassang dans le bourg de Tiviers, à quelques kilomètres au Nord-est de Saint-Flour, Étienne Chambaron. C'était le neuvième enfant d'une famille de cultivateurs Auvergnats travaillant durement pour gagner sa vie. Cette famille avait de solides convictions religieuses et, le jour de sa première Communion, à l'âge de 13 ans, le jeune Étienne avait l'idée de devenir missionnaire.

Il entra en 1843 à l'École des Frères des Écoles Chrétiennes de St. Flour et, confirmant sa vocation, il entra en 1845 au noviciat de l'Institut des Frères des Écoles Chrétiennes de Clermont. Le jour de sa vêture, il prit le nom de Gonzalvien et acheva son noviciat à l'école des Frères de Riom où il fait ses premières expériences d'enseignant.

Affecté à l'Ile de la Réunion avec neuf autres confrères, il arriva à Saint-Denis le 15 avril 1850 et y servit jusqu'en 1866 dans l'importante école que les Frères y dirigeaient. Il fut alors désigné pour diriger l'école des garçons que les Pères Jésuites avaient fondée à Tananarive en 1862.

Il arriva à Tananarive en novembre 1866 avec deux autres Frères originaires de la Réunion, favorablement impressionné par les élèves Malgaches et accueilli avec bienveillance par la reine Rasohérina. C'est ainsi que le premier Directeur des Frères des Écoles Chrétiennes à Madagascar entra en fonction. Il commença par construire une nouvelle école et, en deux ans, le nombre d'élèves passa de 50 à 207. Parmi eux se trouvaient le prince Ratahiry, enfant adoptif de la Reine, et d'autres enfants de la haute noblesse.

Une circonstance permit de mettre en valeur de façon spectaculaire la qualité de l'enseignement délivré par les Frères: lors de la signature du traité franco-malgache du 8 août 1868, la version malgache du traité avait été transcrite par le jeune Marc Rabibisoa et la calligraphie impeccable du document fit l'admiration de tous. Son auteur fut plus tard envoyé en France à l'établissement de Passy dirigé par les Frères des Écoles Chrétiennes, en même temps qu'Antoine Radilofera, fils du Premier Ministre.

Le Frère Gonzalvien ouvrit deux autres écoles à Tananarive et mit sur pied un cours du soir pour adultes. Il créa également une école à Tamatave confiée à deux Frères. Il organisa diverses activités pour susciter l'émulation entre les élèves: examens publics, expositions de travaux, concours suivis de distribution de prix en présence du Consul de France et des représentants de la Reine et du Premier ministre. En outre, une fanfare de l'École lui attira un vif succès populaire.

Indépendamment de ses dons d'éducateur, le Frère Gonzalvien avait également des talents d'architecte qui furent mis à contribution. Il fit les plans de la voûte de l'Église Saint-Joseph de Mahamasina alors en cours de construction et fut chargé de son ornementation intérieure. Il fit également les plans de l'Église Notre-Dame du Sacré-Cœur d'Ambavahadimitafo et établit les premiers plans de la Cathédrale de Tananarive, dont il ne put assurer lui-même l'exécution.

L'un des grands soucis du Frère Gonzalvien fut de former de bons instituteurs au service de la Mission de Madagascar. Il fut chargé de toutes les écoles de la ville et des villages voisins qu'il confia à ses anciens élèves tout en continuant à les surveiller et à les diriger. Il réunissait les jeunes maîtres pour des conférences pédagogiques et organisait à leur intention des retraites périodiques. La première, en 1876, groupa 47 maîtres totalisant 1 212 élèves. L'augmentation du nombre d'écoles nécessita en 1882 la division de la Mission en districts dont chacun fut confié à un inspecteur choisi parmi les meilleurs et les plus instruits des maîtres. On comptait alors 216 instituteurs.

L'agrandissement du principal établissement de Tananarive s'imposait, facilité par l'acquisition d'un terrain favorable. Le Frère Gonzalvien dressa le plan pour une Communauté et une école et l'inauguration eut lieu le 18 septembre 1882. Quelques mois après, éclatait le premier conflit franco-hova. Comme les autres missionnaires, le Frère Gonzalvien se replia à la Réunion. Il retrouva ses anciens élèves à Saint-Denis et fut chargé à la maison-mère de la direction du scolasticat et du noviciat.

Il ne revint à Madagascar que le 7 septembre 1889, en compagnie de Mgr Cazet qui avait été nommé vicaire apostolique de l'Ile quatre ans auparavant. Il fut nommé Directeur d'une communauté de six Frères, du Collège qui comptait 405 élèves dont 120 pensionnaires, et responsable de toutes les écoles catholiques de la ville. Le Frère Gonzalvien entretenait d'excellentes relations avec les Résidents de France Bompard et Larrouy qui étaient très satisfaits de l'enseignement donné par son établissement, et avec la Cour et le Premier Ministre dont les petits-fils fréquentaient le collège.

Au mois de février 1893, le Frère Gonzalvien sentit sa vue baisser brusquement; il assura ses fonctions jusqu'à la fin de l'année scolaire en attendant la nomination d'un nouveau Directeur, puis se retira à Fianarantsoa où une Communauté avait été fondée pendant son séjour à la Réunion. Il mit à profit les cinq mois qu'il y passa pour faire des travaux de traduction et rédigea l'histoire des Communautés de Tananarive et Fianarantsoa.

En 1894, le Frère Gonzalvien fut nommé à Saint-Denis comme Directeur des novices et deux ans après, il était désigné comme visiteur auxiliaire pour Madagascar. Cela lui permit de se rendre à Madagascar où la nomination du Général Galliéni à la tête de la Colonie et la signature d'une convention avec l'Institut des Frères des Écoles Chrétiennes, le 10 avril 1897, permirent de renforcer les effectifs et de créer de nouvelles écoles. En 1898, on comptait 20 frères répartis dans six écoles totalisant 2 300 élèves. On ouvrit cette année une école d'agriculture et, le 29 juin 1900, une école professionnelle qui, l'année suivante, comptait 300 élèves. La convention fut résiliée en 1904 sur décision des autorités françaises.

En 1897, le Frère Gonzalvien fut nommé Visiteur: il avait alors soixante-dix ans. Il exerça ses fonctions pendant plus de quatre ans, d'abord à Madagascar, puis pour le district de Saint-Denis, enfin pour les deux seules îles de Maurice et de la Réunion.

Il quitta Tananarive pour la dernière fois en Septembre 1898 et, sur sa route pour la Réunion, visita au passage la maison de Tamatave. En 1900, il fut invité à participer à Paris à la retraite des Frères Visiteurs et c'est ainsi qu'il revit la France qu'il avait quittée depuis 50 ans. Du 18 au 27 mai de cette même année, il eut la joie d'assister à Rome aux grandioses cérémonies de canonisation du fondateur de l'Ordre, le Bienheureux Jean-Baptiste de La Salle. De retour dans l'Océan indien, il visita pour la dernière fois les maisons de la Réunion et, le 16 Décembre 1900, en raison de l'âge et de la fatigue, il transmettait ses pouvoirs à son successeur. Au mois de mars 1901, il se retira définitivement à Curepipe à l'Ile Maurice et c'est là qu'il finit ses jours le dimanche 3 août 1902.

Raymond Delval


Bibliographie:

Un Frère missionnaire. Le Frère Gonzalvien, premier Directeur des Frères des Écoles Chrétiennes à Madagascar (1827-1902). Paris : Procure Générale, 78, rue de Sèvres, 1935.


Cet article, réimprîmé ici avec permission, est tiré d'Hommes et Destins: Dictionnaire biographique d'Outre-Mer, tome 3, publié en 1977 par l'Académie des Sciences d'Outre-Mer (15, rue la Pérouse, 75116 Paris, France). Tous droits réservés.




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