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Ellis, William
De 1794 à 1872
Église Protestante
Madagascar

William Ellis fut, tant comme missionnaire que comme écrivain, un personnage remarquable aussi bien en ce qui concerne la Polynésie que Madagascar. Né à Londres le 29 août 1794, engagé par la London Missionary Society (LMS) (Mission protestante de Londres), son premier poste comme missionnaire de station fut, dans les Iles de la Société, Tahiti, et surtout Huahine, de 1817 à 1822. Après une visite aux Iles Sandwich (Hawaii), il fut invité par le roi et les chefs de Hawaii à œuvrer parmi eux et leur peuple et il fut détaché à l'American Board of Commissioners for Foreign Mission (Conseil américain des Missions étrangères protestantes).

La santé de sa femme l'obligea à rentrer en Angleterre en 1824, mais son séjour dans le Pacifique l'avait amené à écrire deux ouvrages importants dont Polynesian Researches (1829). Ellis, qui n'avait fait que des études primaires, ne connaissait pas les vieilles civilisations-mères de l'Europe. Aussi, en débarquant en Polynésie, fut-il conquis, ébloui, par la civilisation maorie. Il s'efforça de la comprendre, de la décrire, honnêtement, sans gommer ni masquer ce qui lui paraissait "barbare" en elle. Comme tous les missionnaires, il avait appris la langue locale, aussi son texte est-il une mine d'expressions maories et contient-il un abondant vocabulaire polynésien.

De 1826 à 1831, Ellis fit en Angleterre des séries de conférences pour faire connaître l'œuvre de sa mission et, en 1832, il devint l'un des co-directeurs de cette société. Après des accrocs de santé, il devint pasteur de paroisse à Hoddesdon, de 1847 à 1852.

Le nom d'Ellis, de 1853 à sa mort, vingt ans après, est lié plus spécialement à Madagascar. La LMS y avait commencé son action en 1818. Après un début prometteur sous Radama 1er, suivit une période de défaveur et même de persécution sanglante contre la petite communauté chrétienne malgache. Par suite de l'intérêt suscité par cette œuvre en Angleterre, Ellis, alors qu'il était à la direction de la Mission, fut invité à écrire une "Histoire de Madagascar." Cela probablement parce que ses Polynesian Researches avaient prouvé qu'il était capable d'écrire un livre embrassant l'ensemble du sujet et accessible à un vaste public. L'History of Madagascar parut en deux volumes en 1838 et devint l'un des classiques sur l'Ile, contenant non seulement l'histoire au sens étroit, mais aussi un grand nombre d'informations sur la vie et les coutumes, principalement du peuple des Hautes Terres Centrales, les Merina--connus aussi sous le nom de Hova. Ses sources étaient les ouvrages déjà publiés, des documents de première main, des remarques ou des enquêtes faites par ses collègues missionnaires et même des documents des archives officielles britanniques. Ellis semble avoir été le premier malgachisant à utiliser ces dernières.

Du fait de son expérience missionnaire et de ses connaissances déjà considérables sur l'île, la LMS envoya Ellis en 1853 à Madagascar pour tenter de négocier le retour des missionnaires qui avaient été contraints de partir en 1835-36, et de prendre contact avec les chrétiens malgaches dont un bon nombre déjà avait été supplicié. Ellis et son collègue James Cameron, l'un des pionniers de la Mission dans l'île, ne furent autorisés à rester que trois semaines à Tamatave, un port de la côte est. Ellis revint encore trois mois en 1854, puis passa six mois à visiter l'œuvre missionnaire en Afrique du Sud. Enfin, sur l'invitation du Gouvernement malgache lui-même, il put faire une troisième visite et passa un mois à la capitale, Tananarive, en 1858. Un récit détaillé de ces voyages fut publié sous le titre Three visits to Madagascar et eut une large diffusion.

Après la mort de Ranavalona 1re (1861), Ellis revint dans la capitale malgache pendant trois ans comme doyen d'un groupe de missionnaires de la LMS. Il eut des contacts étroits avec Radama II, assassiné lors d'une révolution de palais en 1863. Les difficultés diplomatiques et les compétitions religieuses de l'époque firent accuser Ellis d'avoir exercé une influence exagérée sur la politique étrangère et intérieure de Madagascar ou même d'immixtion dans la politique locale. On alla même jusqu'à le considérer presque comme un représentant officiel du gouvernement de S.M. britannique. On retrouva ces accusations sous la plume de maints auteurs pendant des décennies. Le R.P. A. Boudou, jésuite, dans son "Le meurtre de Radama II" (Académie Malgache, 1938) présente une vision plus impartiale des faits qui sont établis définitivement par R. Delval dans son "Radama II" (Paris, l'Ecole, 1972).

C'est grâce à Ellis que furent acquis les emplacements où sont érigées en mémoire des martyrs les églises en pierre, à Tananarive, temples qui sont de nos jours parmi les monuments les plus anciens et les plus solides du pays. Son livre Madagascar Revisited comporte d'importantes informations sur les changements politiques, sociaux, religieux et culturels pendant une période cruciale de contacts des civilisations à Madagascar.

Ellis revint en Angleterre en 1865. Etant à la retraite, il se consacra à l'horticulture et acquit en ce domaine une notable renommée à cause des orchidées malgaches qu'il avait rapportées, comme il avait déjà précédemment introduit en Europe une plante, la "patate nattée" (ovirandra) devenue commune dans les aquariums sous son nom botanique "Aponogeton fenestralis." Elu membre de la Royal Geographical Society, Ellis mourut le 16 juin 1872.

J. T. Hardyman, L. Molet


Principaux Ouvrages:

Tour ln Hawaii, London, 1826.
Polynesian Researches, London, 1829; nombreuses rééditions, dont celle de 1853 sur laquelle a été faite la traduction française publiée par la Société des Océanistes du Musée de l'Homme, sous le titre "À la recherche de la Polynésie d'autrefois," Paris, 1972.
History of Madagascar, London, 1838.
Three visits to Madagascar, London, 1859. Traduction très libre dans Voyages du Dr William Ellis à Madagascar, par O. Sachot, Paris, 1860.
Madagascar Revisited, London, 1867.
The Martyr Church of Madagascar, London, 1870.

Voir aussi: Life of William Ellis, by John Eimeo Ellis, London, 1873.



Cet article, réimprîmé ici avec permission, est tiré d'Hommes et Destins: Dictionnaire biographique d'Outre-Mer, tome 3, publié en 1977 par l'Académie des Sciences d'Outre-Mer (15, rue la Pérouse, 75116 Paris, France). Tous droits réservés.




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