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Javouhey, Anne Marie
1779 à 1851
Catholique
Sénégal

C'est grâce à Ste. Anne Marie Javouhey que le renouveau des missions catholiques en Afrique a eu lieu. La répression des jésuites, de 1773 jusqu'en 1814, les ravages de la révolution française, et les guerres napoléoniennes ont laissé les missions dans un état proche de l'effondrement total. Cependant, ces événements se sont passés juste avant un relancement explosif des ordres religieux, qui a eu comme résultat une nouvelle ère missionnaire qui serait parallèle à, -- et qui à bien des égards devait faire partie de, -- l'expansion coloniale occidentale. Javouhey était celle qui a lancé ce mouvement missionnaire à un moment critique.

Javouhey était la fille d'une famille de paysans qui avaient caché des prêtres qui avaient refusé de prendre le serment anticlérical de loyauté à la révolution française. Un des prêtres l'a encouragée à poursuivre une vocation religieuse, et elle est partie en Suisse où elle avait la liberté de poursuivre son objectif. Avec trois compagnes, elle a commencé une communauté de soeurs qui a été formellemnt fondée en 1807 sous le nom "les Soeurs de St. Joseph de Cluny."

La première mission de St. Joseph était sur l'île de la Réunion dans l'Océan Indien (1817), mais encore plus importantes étaient les missions au Sénégal (1819), où les soeurs ont ouvert des hôpitaux. Javouhey est arrivée en 1822, et a trouvé une église en pleine difficulté, démoralisée. Elle en a conclu que l'évangélisation de l'Afrique se ferait par les indigènes, et elle a entrepris la tâche de développer des leaders africains. Elle a d'abord essayé de fonder un village chrétien, mais suite à une épidémie, cet effort est tombé à l'eau. Par invitation du gouverneur anglais, elle a réorganisé les hôpitaux de la Gambie et du Sierra Léone, un accomplissement qui l'a aidée à raffiner ses objectifs pour "l'africanisation" de l'église. Elle est rentrée en France pour organiser l'éducation des africains qui seraient envoyés en France -- certains pour devenir prêtres, d'autres pour devenir enseignants. Le premier y est allé en 1825, et en 1840, trois prêtres sénégalais avaient déjà été ordonnés.

Javouhey a ensuite fondé un séminaire au Sénégal et a établi un ordre religieux interracial qui était ouvert aux candidats français ainsi qu'aux candidats africains. Au début, le séminaire a eu beaucoup de succès, et en 1833 on pouvait compter déjà six prêtres et neuf séminaristes, et un groupe qui se préparait à être frères religieux. Cependant, l'africanisation menaçait les autorités missionnaires, et l'évêque de sa région s'est opposé à son projet. Après une épidémie de tuberculose, le projet a échoué. Son effort le plus durable était la direction qu'elle aura pu donner à une nouvelle communauté en difficulté, les pères du Saint-Esprit. Grâce à ses interventions, ils se sont regroupés, et sont devenus par la suite un instrument majeur des missions catholiques africaines.

Javouhey s'est aussi engagée dans le mouvement contre l'esclavage, et en 1828, elle s'est embarquée pour la Guyane française, site de son accomplissement le plus remarquable: une colonie autonome d'esclaves libérés. Elle a été largement responsable de la libération de cette colonie. Dans tous ses efforts, Javouhey était face à une opposition considérable, non seulement parce qu'elle s'opposait à l'esclavage, mais aussi parce qu'elle était une femme. Un évêque français a essayé de prendre en main la direction de la colonie, et les membres du clergé en Guyane lui ont refusé les sacrements pendant presque deux ans, une réprimande très sévère à l'époque. Elle a survécu plus longtemps que tous ses adversaires, et à sa mort on comptait plus de 300 soeurs dans les territoires missionnaires, surtout en Afrique.

En 1961, elle a été canonisée comme sainte par l'église catholique, et son jour de fête s'observe le 15 juillet. Elle est surtout inscrite dans la mémoire au Sénégal, et sa maison sur l'île de Gorée, qui n'est pas loin des anciens parcs à esclaves, est maintenue comme mémorial de l'anti-esclavage.

Norbert C. Brockman


Lectures supplémentaires:

Martindale, C. C. Life of Mère Marie Javouhey [Vie de Mère Marie Javouhey] (1953).


Cet article est reproduit, avec permission, de An African Biographical Dictionary [Un Dictionnaire biographique africain], copyright (c) 1994, édité par Norbert C. Brockman, Santa Barbara, California. Tous droits réservés.




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