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Boursin, père Théophile
De 1897 à 1974
Catholique
Togo

"Je considère le Père Boursin comme un des fondateurs de l'Eglise du Nord-Togo, qui est divisée en deux beaux diocèses, où les vocations sacerdotales et religieuses se multiplient et nous donnent l'espoir fondé que l'Eglise vivra." (Mgr Strebler, ancien archevêque de Lomé, le 4 septembre 1981).

Né le 16 juin 1897 à Saint Colomban (Loire-Atlantique), il fait ses études secondaires au séminaire des Missions Africaines à Pont-Rousseau, près de Nantes, et entre au grand séminaire, à Lyon, le 28 février 1915.

Mobilisé le 8 janvier 1916, il a une conduite exemplaire et courageuse au front. Il écrit le 22 octobre 1928: "Je reviens de la guerre avec la jambe et le bras gauche que le froid engourdit par suite des blessures à la mitrailleuse, avec un œil crevé, un nez écrasé, de petits éclats d'obus restés sous l'arcade sourcilière gauche et sous le cuir chevelu." Il en souffre périodiquement, mais cela ne lui enlève pas sa bonne humeur. C'est un boute-en-train extraordinaire qui voit le bon côté des choses et fait rayonner la joie autour de lui, partout sur sa route. Ses graves blessures lui valent la Médaille militaire, la Croix de guerre, quatre citations; l'une qu'il aimait citer avec humour commence par ces mots: "Très bon caporal, intelligent, énergique et brave..." En 1952, il reçoit la Légion d'honneur.

Il est ordonné prêtre le 9 juillet 1922, arrive au Togo le 5 décembre suivant, fait ses premières armes à la cathédrale de Lomé, comme vicaire spécialement chargé des écoles. Un an après, il est transféré à Palimé où il reste six mois: puis vicaire à Atakpamé où il demeure quatre ans, jusqu'en mai 1928.

Durant son congé en France, il est nommé à Baudonne, au petit séminaire des missions, et se débat pour n'y pas durer: "Borgne de l'œil droit, la surveillance de ce côté m'échappe totalement; borgne, l'appréciation des distances me manque..." Il envoie au Père Aupiais, Provincial, ce télégramme: "Pense pouvoir servir potablement en Afrique; mais pas en Europe; si vous continuez à croire le contraire, j'irai où vous direz." Il ne séjourna en France que quelques mois.

En avril 1929, il reprend le bateau; il est nommé supérieur par intérim à Anécho.

Le 8 mars 1930, il arrive à Sokodé et y passera le reste de sa longue vie missionnaire, jusqu'en 1964. Même si les murs de la maison-chapelle viennent d'être construits par le Père Kennis, "le Père Boursin, écrit Mgr Strebler, est le fondateur de Sokodé: c'est lui qui a donné une âme à ce poste éloigné et a uni Ewé et Kotokoli autour d'un même autel, et est resté avec eux durant 34 ans..." Il connaît les deux langues, entre facilement en conversation amicale avec tous; il organise l'école de la mission et ouvre des stations secondaires.

En homme prévoyant, il profite de la première saison des pluies pour planter toutes sortes d'arbres fruitiers: orangers, mandariniers, manguiers, papayers, goyaviers, et bien d'autres.

Le 3 octobre 1932, il procède aux trois premiers baptêmes d'adultes.

En 1933 éclate la fièvre jaune. Deux Européens, M. et Mme Despalangues demandent les sacrements au P. Boursin; il reste avec eux jusqu'à leur dernier soupir et se charge de faire ramener leur bébé en France.

Sokodé est alors le nœud central des communications de tout le Togo nord. Le Père est tout indiqué pour le poste de procureur de l'ensemble des missions de cette région: toujours prêt à aider les confrères et à les tirer d'embarras: il les ravitaille régulièrement ce qui n'est pas une sinécure durant la Seconde Guerre mondiale.

En 1937, Sokodé devient préfecture apostolique: immédiatement le Père Boursin est choisi comme vicaire délégué du préfet; il le restera jusqu'à son retour définitif en Europe.

Durant les années de guerre, alors que le préfet apostolique réside le plus souvent à Mango, le Père rédige Le bobardier du nord, courrier manuscrit qui informe les confrères des nouvelles saillantes du monde.

Il aime ses confrères et son peuple - Noirs et Blancs - il est estimé et aimé de tous. Et Mgr Strebler de conclure: "Il a toujours été mon plus brave collaborateur, d'un dévouement inlassable...La note caractéristique de sa vie était la joie et le dévouement pour les autres."

En 1964, il compte 42 ans au Togo. Mais les ennuis de santé le contraignent à renoncer à l'Afrique. Il se retire dans sa famille à Saint-Colomban.

En 1971, on note: "La vue baisse; il ne peut plus célébrer la messe." En 1972: "Cécité prononcée, difficultés pour marcher." Il célèbre cependant ses cinquante ans de sacerdoce à Rezé, dans la maison des Missions Africaines.

7 novembre 1974: ancien gazé de la guerre, il a énormément de peine pour respirer. Il connaît une longue agonie de deux heures, mais reste pleinement lucide jusqu'au bout: "Ne me quittez pas," me dit-il...Ce regard, je m'en souviendrai toujours...Il s'éteint à 15h 45, au moment de l'invocation: "Mère des agonisants, priez pour nous."

Maurice Grenot S.M.A.


Cet article, réimprîmé ici avec permission, est tiré d'Hommes et Destins: Dictionnaire biographique d'Outre-Mer, tome 9, publié en 1977 par l'Académie des Sciences d'Outre-Mer (15, rue la Pérouse, 75116 Paris, France). Tous droits réservés.




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