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Lourdel, Siméon
De 1853 à 1890
Catholique
Ouganda

Siméon Lourdel est né à Dury, dans le Pas de Calais, en France, dans une famille paysanne très dévote. Ses parents, Charles-Albert et Esther-Honoré, ont eu quatre autres garçons en plus de Siméon. Tous les cinq sont allés au séminaire catholique junior. Siméon était un enfant vif et exubérant, peu enclin à suivre la discipline. En 1870, lorsque le deuxième fils, Ernest, était déjà prêtre de paroisse, et que deux autres frères avaient été mobilisés pour la guerre Franco-Prussienne, Siméon s'est tardivement présenté au séminaire majeur, après avoir aidé son père à finir la récolte. Il a été rejeté aussitôt.

Ayant résolu de prouver que sa vocation était authentique, Siméon s'est inscrit au collège Saint Bertin à St. Omer. Suite à cela, il est devenu étudiant interne à Austreberthe, à Montreuil-sur-Mer. Il a obtenu de si bons résultats qu'il a été admis au séminaire majeur d'Arras en 1872, à l'âge de dix-neuf ans. En même temps, son frère Ernest, qui était prêtre, est devenu moine cartusien au monastère de Neuville-sous-Montreuil. Pendant ses études en philosophie, le père Charmetant, missionnaire d'Afrique ("Père Blanc"), est venu parler au séminaristes, et deux camarades de classe, Bridoux et Toulotte, ont décidé de devenir missionnaires. Lourdel a été frappé par leur décision et commençait déjà à être attiré par la vocation missionnaire. Ses parents y ayant consenti vers la fin 1873, il a fait sa demande auprès des Missionnaires d'Afrique et a été admis.

Lourdel est arrivé au noviciat d'Alger en février de 1874, et a reçu l'habit de la société le 25 mars. Il faisait partie d'un groupe de jeunes hommes ardents dont les idéaux étaient nourris par le caractère du fondateur, Charles Lavigerie. Comme eux, il était prêt à tout souffrir, prêt pour la probabilité d'une mort prématurée, et même la possibilité du martyre. Le 2 février 1875, il a pris son serment missionnaire et a entamé ses études théologiques. Lourdel a été profondément atteint par le massacre de trois confrères missionnaires, Paulmier, Menoret et Bouchand, dans le désert du Sahara en 1976, et cet événement a augmenté l'intérêt qu'il montrait pour le martyre. Le 2 avril 1877, à l'âge de vingt quatre ans, Lourdel a été ordonné prêtre à Alger.

Le 15 mars 1978, Lourdel a appris qu'il était un des dix missionnaires choisis pour la mission vers l'Afrique Équatoriale, sous la direction de Léon Livinhac. Il s'agirait des premiers missionnaires catholiques à aller vers l'intérieur africain. Le 22 avril, le groupe prit la mer à bord du Yang-Tse, un bateau postal. A bord du vaisseau, Lourdel a commencé à s'apprendre le kiswahili. A Aden, le 8 mai, ils ont embarqué un paquebot de la British East India Company, atteignant Zanzibar le 30 mai. De là, ils ont traversé jusqu'à Bagamoyo, sur terre ferme en face de l'île. Le 16 juin, à pied et à dos d'âne, ils ont quitté Bagamoyo pour l'intérieur africain. Trois mois et demi plus tard, ils sont arrivés à la ville de Tabora. Un des missionnaires était mort en route, et tous avaient été atteints de maladies plus ou moins graves. Les porteurs avaient fui, et la menace d'attaques de brigands était toujours présente.

Le 15 novembre 1878, Léon Livinhac, Ludovic Girault, Léon Barbot, Siméon Lourdel et Amans Delmas, un frère auxiliare, sont partis pour le lac Victoria Nyanza. Ils ne pouvaient savoir que Lavigerie, qui venait juste d'apprendre la nouvelle du massacre de deux missionnaires anglicans sur l'île d'Ukerewe en décembre 1877, leur avait écrit pour les défendre d'aller en Ouganda. Les lettres de Lavigerie leur sont arrivées vers la fin septembre, 1879. Ils étaient déjà bien établis au royaume Buganda. Ayant atteint le lac le 30 décembre 1878, Lourdel et Amans sont allés de l'avant pour obtenir la faveur du roi. Ils ont quitté les rives du lac le 20 janvier 1879 et sont arrivés dans la baie d'Entebbe le 19 février, les premiers missionnaires catholiques à avoir atteint l'Ouganda. Pendant deux semaines, Lourdel et Amans ont été mis en garde à vue dans une maison à trois kilomètres de la capitale. Ils ont finalement obtenu une audience avec le roi, Mutesa I. Le missionnaire de la CMS [Church Mission Society - société de mission de l'église], Alexander Mackay, était aussi présent, et, devant l'étonnement des deux catholiques, il a fait preuve d'un préjudice anti-catholique marqué.

Suite à l'audience, le missionnaire Felkin, de la CMS, est venu vers Lourdel pour s'excuser de l'éclat de colère de Mackay, mais d'autres efforts de la part des protestants visant à restaurer les bonnes relations ont été frustrées par Mutesa, qui gardait les catholiques en garde à vue, et qui n'était pas malheureux de voir ce conflit entre européens. Mutesa n'a pas cru à la caricature de l'église catholique proférée par Mackay, et à plusieurs occasions, il a demandé à Lourdel d'expliquer les choses davantage. Cependant, ses intérêts se sont avérés plus politiques que religieux, car il voulait contrer le danger que l'expansion européenne du nord et de l'est posait pour son royaume.

Lavigerie a été scandalisé quand il a entendu parler de la polémique qui avait eu lieu à la cour de Mutesa, et - ignorant le manque de liberté de ses missionnaires, - leur a donné l'ordre d'établir une station missionnaire à vingt cinq kilomètres, au moins, des protestants. Il va sans dire que les rencontres polémiques entre missionnaires catholiques et protestants à la cour d'un roi non chrétien sont en elles-mêmes regrettables, mais il est aussi certain qu'elles ont stimulé l'intérêt porté au christianisme et la compréhension de celle-ci parmi les adhérents des deux églises. En mars 1879, lorsque le roi permit à Lourdel et à Amans de s'installer à Kasubi, près de la capitale, ils ont reçu de nombreux jeunes hommes de la cour qui venaient poser des questions sur le catholicisme. C'est ainsi que les missionnaires ont acquis une certaine influence auprès des plus jeunes membres de l'élite régnante. Éventuellement, quand il y a eu des convertis, ils étaient prêts à bien expliquer les pratiques catholiques sur le jeûne, par exemple, ou la doctrine catholique concernant la sainte cène, quand les missionnaires protestants leur posaient des questions. Ayant entendu Amans s'adresser à Lourdel en disant mon père, les Ganda ont commencé à appeler Lourdel Mapeera (goyave), et c'est par ce nom qu'il est connu dans la postérité africaine.

Vers le mois de juin, Lourdel et Amans étaient tellement bien entrés dans les bonnes grâces de Mutesa que le roi permit à Livinhac, Girault et Barbot de les rejoindre à Buganda, et envoya des canoës vers le sud du lac pour les chercher. La vie des missionaires continua de tourner autour de la cour royale, des audiences auprès du roi et de la présentation de cadeaux. Mutesa a même demandé que Lourdel le baptise, mais ce dernier a refusé, citant la polygamie du roi. Cette réponse lui valut encore une réprimande de la part de Lavigerie: le roi aurait dû être admis comme catéchumène en attendant la solution de son statut marital. Néanmoins, le roi a tenté d'empêcher que l'on enseigne le luganda aux missionnaires. Sous peu cependant, Lourdel avait fait des progrès dans cette langue et il s'empressait de créer un dictionnaire. La jeunesse et la gentillesse de Lourdel, ainsi que sa facilité avec les langues et sa manière de s'occuper des malades ont continué à être apprécié.

Pour s'assurer des candidats au baptême, la stratégie provisoire des missionnaires était de commencer à secourir des enfants esclaves. Vers le mois d'août 1879, ils avaient dix orphelins de la sorte, et vers avril 1882, ils en avaient quarante. On leur offrait des centaines d'enfants chaque semaine, mais leur manque de ressources les empêchait d'en prendre beaucoup à la fois. La demande peu réaliste de la part de Mutesa, qui voulait un protectorat français, avait été envoyée au consul français à Zanzibar, mais il s'opposa fermement à la fondation d'une station missionnaire catholique à l'ouest du lac. Vers la fin 1879, la religion traditionnelle était de nouveau en faveur. Néanmoins, les médecins traditionnels n'ont pas pu guérir la dysenterie du roi, et ce sont plutôt les soins de Lourdel qui l'ont ramené à la santé en mai 1880. En dépit de ce succès, Mutesa s'est de plus en plus penché vers l'Islam, et il recommandait de plus en plus à ses serviteurs et à ses ministres de faire comme lui. En mai 1881, on entendait dire qu'un édit royal, selon lequel tous seraient obligés d'aller à la mosquée, serait bientôt proclamé. Lourdel, qui pouvait parler l'arabe, a confronté le leader arabe Masudi dans la salle d'audiences royale. Suivant le précédent de ce que St. François d'Assise avait fait face au Sultan de Damietta, il a lancé le défi: que Masudi se soumette à l'épreuve du feu pour prouver que la religion chrétienne était supérieure à l'Islam. Le défi n'a pas été relevé, et le roi s'est mis d'accord pour que les deux religions soient tolérées. Mackay est venu en personne vers Lourdel pour le remercier de la position courageuse qu'il avait prise.

Plusieurs serviteurs royaux sont venus vers les missionnaires catholiques pour apprendre à lire, et dès novembre 1879, on a vu l'inscription du premier catéchumène sérieux. Encore d'autres en provenance de la cour et de l'orphelinat ont rejoint le catéchisme. Lourdel, Livinhac et Girault ont travaillé à la création d'un catéchisme catholique en luganda, et ce catéchisme, qui fut imprimé à Alger en 1881, contenait aussi des prières et un lexique de mots luganda. Éventuellement, une grammaire luganda crée par Livinhac a été imprimée en 1885, mais le manuscrit d'un dictionnaire de 6.000 mots, qui était une œuvre de collaboration crée par tous les missionnaires, a été perdu lors d'un naufrage au large des côtes françaises l'année d'avant.

Lavigerie avait donné l'ordre que les missionnaires devaient quitter Buganda si leurs vies étaient menacées. Un sacrifice humain de 99 personnes, conduit par Mutesa en avril 1880, les avait convaincus qu'ils devraient baptiser les quatre catéchumènes les mieux préparés. Ils en baptisèrent quatre autres au mois de mai, sans égard pour l'instruction ultérieure de Lavigerie concernant la catéchèse de quatre ans. Quand ils ont reçu cette instruction, Lourdel et ses compagnons ont décidé d'être plus strict par rapport au baptême, mais ils ont tout de même compris (ainsi que Lavigerie) le besoin de reconnaître les circonstances exceptionnelles de "l'héroïsme." Quand la peste bubonique s'est répandue en 1881, il a été nécessaire de baptiser d'autres catéchumènes qui étaient en danger de mort, et d'autres baptêmes ont suivi pendant un accès de choléra. Peu après, de jeunes chrétiens ardents ont commencé à former des groupes d'adhérents en dehors de la capitale, dans les chefs lieux de Buddu et de Singo. Parmi eux se trouvaient plusieurs futurs martyrs catholiques.

En 1882, la violence et l'hostilité croissante envers les missionnaires catholiques et protestants a servi à les rapprocher. Plus de catéchumènes catholiques, la plupart d'entre eux étant des futurs martyrs, ont été baptisés. Aussi, après avoir fait un vote secret, les missionnaires ont décidé d'abandonner, du moins provisoirement, la mission de Buganda. Cette décision a été prise en dépit du fait que le pro vicariat de Nyanza venait d'être crée, avec Livinhac comme pro vicaire. Le 20 novembre, 1882, ils sont partis en bateau à destination de la rive sud du lac Victoria Nyanza. En plus de l'insécurité réelle que les missionnaires ressentaient vis-à-vis de leur position, ils étaient aussi de l'avis qu'ils avaient besoin de plus de liberté d'agir que Mutesa ne leur permettait. En Ouganda, ils ont laissé vingt catholiques baptisés et plus de quatre cent catéchumènes. Trente-quatre orphelins de tous âges les ont accompagnés dans l'exil.

Lourdel et ses compagnons ont passé presque trois ans en dehors de l'Ouganda. Les orphelins ont été divisés en deux groupes: le premier groupe formait le noyau de l'orphelinat et de la mission de Kamoga (à Bukumbi, près de la ville moderne de Mwanza, en Tanzanie); le deuxième groupe s'est rendu dans le sud à Kipalapala, près de Tabora, où un orphelinat avait déjà été fondé. Cinq orphelins ougandais y ont été baptisés, ayant terminé leur catéchèse de quatre ans. Lourdel les a rejoints en juillet 1883, ayant entendu que le vicariat de Nyanza avait été crée, avec Livinhac comme premier évêque. À Tabora, Lourdel apprit qu'il devait fonder une mission à Bukune, près du quartier général du chef guerrier Nyamwezi, Mirambo. Lourdel et Girault ont commencé à poser le fondement en avril 1884, dans un milieu de conflit presque continu entre Mirambo et les opposants de la région. Vers la fin de 1884, Mutesa et Mirambo sont morts, et la question du retour à l'Ouganda est tout de suite survenue. L'accès du jeune prince Mwanga au trône de son père avait aussi été un élément encourageant, puisqu'il avait été ami des missionnaires catholiques et de beaucoup de leurs convertis. En mars 1885, la mission de Bukune, y compris son petit orphelinat, à été fermée, et Lourdel a repris le chemin du lac une fois de plus.

En juin, Mwanga a envoyé une flotille de canoës avec trois cent rameurs pour ramener Mapeera et ses compagnons missionnaires à Buganda. Le 12 juillet, ils ont été reçus chaleureusement et ont été installés à Nalukolongo, près du palais royal de Rubaga. L'absence de trois ans de Lourdel et de ses compagnons missionnaires avait eu l'effet paradoxal d'avoir fortifié les fondements chrétiens à Buganda. On leur avait interdit de faire de l'évangélisation en dehors de la capitale. Par conséquent, il y avait un noyau chrétien à la cour, et ce groupe continuait à grandir, car il se réunissait en secret pour la prière et le catéchisme. L'enseignement des missionnaires était bien enraciné dans les récits bibliques, mais à l'époque, cet enseignement ne dépendait ni de l'alphabétisation, ni de la littérature. Dans leur absence, l'enseignement chrétien continuait à être transmis par voie orale. Lourdel et ses confrères avaient souligné la vie de prière et la conversion morale, et ces deux éléments ont continué à être appuyés en leur absence. Lors de l'épisode de la peste, les chrétiens Ganda avaient baptisé environ quatre vingt personnes en danger de mort, et la moitié d'entre eux n'avaient pas succombé. Quand Lourdel est revenu. Il a trouvé trois fois plus de chrétiens baptisés qu'il n'avait laissés. Parmi les néophytes se trouvait la princesse Nalumansi, la fille préférée du roi Mutesa. En outre, les chefs de village qui étaient devenus chrétiens commençaient à rassembler des groupes de chrétiens autour d'eux-mêmes dans des centres autour de la capitale.

Lourdel est rentré à Buganda à un moment de crise: le roi, Mwanga, s'apprêtait à entamer une persécution cruelle. Il ne serait pas possible ici de rapporter l'histoire de l'engagement de Lourdel avec chacun des martyrs catholiques. Il suffit de dire qu'à partir de la mort du proto martyre Joseph Mukasa Balikuddembe vers la fin 1885, et allant jusqu'au martyre de Jean-Marie Muzeyi, le dernier des martyres catholiques, vers le début de 1887, Siméon Lourdel était à la fois l'inspiration et le mentor de chacun. La bonté de Lourdel et sa foi ardente ont été très clairement transmises à ces jeunes hommes intrépides. Il a affermi leur volonté de lutter pour la justice et la vertu, et de résister, en particulier, à l'abus homosexuel du roi. Lorsque le danger menaçait de près, il les baptisait. Quand il pouvait, il essayait de voir le roi et d'obtenir leur sursis - en vain, malheureusement. Il agonisait avec eux, attendait à l'extérieur de l'enclos royal, et voyait parfois leur arrestation. C'est exactement ce qui est arrivé le 26 mai, 1886, lorsqu'il a vu seize convertis à lui et dix anglicans en fers, en route pour le site des exécutions à Namugongo. Sans aucun doute, leurs morts ont aussi été le martyre pour lui. Avec eux, il a souffert la mort à maintes reprises, déchiré par l'admiration et la douleur. Ainsi, le nom de Mapeera est lié pour toujours avec les vingt-deux martyrs catholiques de l'Ouganda.

Dans le contexte de tous ces événements foudroyants, Lourdel a continué à établir la nouvelle station missionnaire à Nalukolongo. En mai 1886, Léon Livinhac, qui était maintenant le premier évêque catholique de Nyanza, est rentré dans cette période de persécution, amenant avec lui une petite presse typographique. En décembre 1885, le nombre de personnes baptisées avait grandi de soixante à plus de cent-soixante, et vers mars 1887, avait atteint les quatre-cent-cinquante. Lourdel et ses compagnons avaient aussi préparé une traduction luganda des lectures de l'évangile du dimanche, qu'ils étaient en train de distribuer. La souffrance et la persécution ont servi à rapprocher les missionnaires catholiques et anglicans. Malgré le fait qu'ils étaient toujours menacés par le roi, Lourdel a continué à rassembler les témoignages des martyres.

La disposition incertaine de Mwanga en 1887 et en 1888 venait de la poussée coloniale des allemands et des britanniques à la côte, car ce développement, ultimement, menaçait son royaume. Parfois, il venait en visite amicale voir Lourdel à Nalukolongo. Mais d'autres fois, il disait des choses menaçantes à propos des missionnaires. Les craintes des arabes et des musulmans en Ouganda ont été éveillées par la suppression de la rébellion côtière d'Abushiri contre les allemands en 1888. En septembre, ils ont déposé Mwanga, qui a fui vers les îles du lac, et l'ont remplacé par ses frères Kiwewa et Kalema, en succession. Peu après, la mission catholique a été pillée, et Lourdel et ses confrères missionnaires ont été emprisonnés sous menace d'aveuglement et même de mort. Éventuellement, on les a mis dans un bateau avec les missionnaires anglicans et un petit groupe d'orphelins, et on les a mis au large sur le lac. Un hippopotame a fait chavirer le bateau, et deux orphelins se sont noyés, mais Lourdel, Livinhac et les anglicans ont réussi à atteindre la bordure du lac à la nage. Ils ont ainsi pu sauver leurs propres vies et organiser le sauvetage de ceux qui s'agrippaient encore au bateau chaviré. Ils ont finalement réussi à remettre à flot le bateau, et après un voyage dangereux, ont tous atteint Bukumbi en sécurité.

En attendant, les catholiques Ganda avaient regroupé dans la province occidentale de Buddu et dans le royaume d'Ankole, et, - devant l'étonnement de tous - Mwanga, pénitent, avait apparu à Bukumbi vers la fin de 1888, demandant pardon et solicitant du soutien pour sa restauration. En dépit de la répugnance qu'ils ressentaient envers celui qui avait fait exécuter leurs frères, Lourdel et ses confrères missionnaires se rendaient compte qu'il fallait aider le roi, car c'était le seul moyen de restaurer la paix et la stabilité du pays. Catholiques et protestants se sont unis pour soutenir le roi exilé, et après quelques renversements, il a regagné son trône en octobre 1889. Peu après, Lourdel est rentré à la mission ravagée de Nalukolongo. Les catholiques et les protestants se sont partagés les honneurs du royaume. Mwanga était maintenant plus favorable à l'égard du parti catholique, qui était maintenant plus nombreux. Cependant, un converti protestant a été nommé chancelier. Quoique sceptique vis-à-vis de son allégeance catholique, Lourdel s'est décidé de faire la catéchèse du roi.

La société impériale britannique de l'Afrique de l'Est [Imperial British East African Company] est maintenant entrée en scène en Ouganda. Les missionnaires anglicans avaient fortement encouragé la compagnie, qui avait une charte officielle et qui était soutenue par le secteur privé, d'étendre son influence jusqu'à l'Ouganda. L'agent de la société, F.J. Jackson, n'avait pas répondu à l'appel de Mwanga pour qu'on l'aide contre les Kalema et les musulmans. Cependant, quand ceux-ci avaient une fois de plus battu Mwanga avec l'aide des Nyoro, Mwanga était prêt à accepter l'offre de Jackson: le monopole commercial du royaume. Lourdel a écrit à Jackson, parce que le roi le lui a demandé de ce faire. Une fois de plus, Jackson n'a pas répondu à l'appel du roi, et en février 1890, Mwanga a regagné son trône sans aide extérieure. C'est alors que Karl Peters, agent de la German East Africa Company [société allemande de l'Afrique de l'Est] est arrivé à Buganda et a signé un contrat plus favorable avec Mwanga. Pour éviter une confrontation avec Jackson, Lourdel a persuadé Peters de se retirer. Quoi qu'il en soit, l'avenir colonial de l'Ouganda a été décidé par un accord anglo-allemand qui a été préparé en Europe.

Livinhac, qui avait été élu supérieur général de la société des Missionnaires d'Afrique, est parti pour Alger, laissant à Lourdel la tâche de commencer la construction d'une église au sommet de la colline de Rubaga, site de l'ancienne résidence royale. Cependant, sa santé avait été compromise par tout ce qu'il avait souffert récemment, et il était clair qu'il n'avait plus très longtemps à vivre. Il a demandé que ses confrères missionnaires le pardonnent de n'avoir pas pu mieux les servir, et a demandé que son corps puisse reposer sur la terre (comme St. François d'Assise). Il est mort le 12 mai, 1890, à l'âge de trente-sept ans. Mwanga est arrivé peu après le dernier soupir de Mapeera, et il est resté debout en silence à côté de son corps. Il a été enseveli à quelques mètres de l'église qu'il avait commencé à construire. Un abri provisoire a été érigé sur le tombeau, et a été remplacé plus tard par une chapelle mortuaire en briques.

Alexandre Mackay était mort le 8 février, 1890. Lourdel et Mackay ont le droit, plus que tous autres, à être appelés les fondateurs du christianisme en Ouganda. Pendant le régime turbulent d'Idi Amin Dada dans les années 1970, le Cardinal Emmanuel Nsubuga a rallié les foules catholiques en leur montrant le crucifix et le bâton de Mapeera. Le souvenir du premier missionnaire catholique de l'Ouganda est retenu avec tellement d'honneur qu'il n'y avait pas besoin de dire un seul mot.

Aylward Shorter M. Afr.


Bibliographie:

J.F. Faupel, African Holocaust [holocauste africain] (Nairobi, St. Paul's Publications Africa, 1984 [1962]).
Armand Duval, Le Père Siméon Lourdel, Tout Pour l'Ouganda, à paraître.
Joseph Mercui, L'Ouganda - La Mission Catholique et les Agents de la Compagnie Anglaise (Paris: Procure des Missionnaires d'Afrique, 1893).
A. Nicq, Vie du Révérend Père Siméon Lourdel (Paris, 1896).



Ce récit, soumis en 2003, a été recherché et rédigé par le dr. Aylward Shorter M. Afr., directeur émérite de Tangaza College Nairobi, université catholique de l'Afrique de l'Est.




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