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Coïsson, Augusto
1871 à 1947
Protestant
Zambie / Lesotho

Né en 1871 à Torre Pellice dans les Vallées Vaudoises du Piémont, Augusto Coïsson y fait ses études secondaires au Collège Vaudois. Ce Collège avait été fondé, avec l'aide d'amis anglais, en 1835, parce que les jeunes gens de cette vaillante population protestante, qui avait survécu à, des siècles de persécutions, n'étaient pas admis dans les écoles secondaires publiques. Dans ce milieu étroitement lié au protestantisme anglo-saxon, français et suisse, et profondément influencé par le mouvement du réveil, l'intérêt pour les Missions existe déjà dès les premières années du siècle 19e, grâce à quelques copies du Journal des Missions Evangéliques de Paris, reçues par contrebande après une série de conférences de François Coillard, fondateur de la mission du Zambèze, plusieurs jeunes étudiants du Collège fondent en 1883 une société ayant pour tâche de parler de l'œuvre missionnaire dans les paroisses de la région, et de récolter des fonds pour elle. C'est dans ce milieu que le jeune Augusto Coïsson répond à l'appel pressant de la Société des Missions de Paris. Après avoir achevé ses études secondaires, il se rend à Paris à l'Ecole Missionnaire, au 102, Boulevard Aragon. Sa préparation achevée il est consacré pasteur missionnaire, et épouse Marguerite Nisbet, née à Samoa (Océanie), fille d'un missionnaire écossais (Henry Nisbet) et de Lydie Lantaret, première femme vaudoise du Piémont missionnaire parmi les païens.

Destiné par le Comité de la Société des Missions au champ du Zambèze le jeune couple part en 1897, mais n'arrive à destination que l'année suivante, ayant dû abandonner tous leurs bagages au milieu du désert Kalahari, et retourner à Palapye, terminus, à cette époque du chemin de fer, pour y attendre la naissance de leur premier enfant et la saison suivante favorable aux voyages en wagon à bœufs.

Arrivés enfin à destination, la mission les envoie fonder une station missionnaire près des Chutes Victoria, et auprès d'eux se groupent peu à peu les premiers colons blancs, tandis que les travaux pour la construction de la ligne du chemin de fer Cap-Centre Africain avancent rapidement. Bientôt Augusto Coïsson poursuit son ministère pastoral, non seulement parmi les autochtones, mais aussi parmi les blancs et les noirs engagés dans cette énorme entreprise.

Au moment où le premier groupe de résidents européens va quitter le rivage malsain du Zambèze pour fonder, par l'ordre de l'administration co1oniale, la ville de Livingstone, à 2 km de la station missionnaire, Augusto Coïsson est appelé en 1907 à prendre en main l'embryon d'école secondaire que la mission a fondée en 1898, et à la transformer en une Ecole Normale pour la préparation des instituteurs indigènes dont la mission a absolument besoin pour étendre son influence dans les villages depuis les plus proches jusqu'aux plus éloignés, de la station missionnaire.

Dès le début l'enseignement donné dans cette école a comme but une préparation aussi complète que le permet le niveau intellectuel des élèves. Il comprend: 1) une instruction religieuse adéquate aux exigences de l'œuvre qu'ils auront à poursuivre dans les écoles annexes, 2) une connaissance de l'anglais suffisante pour leur permettre d'utiliser des textes dans cette langue, 3) une préparation pédagogique surtout pratique, 4) des leçons de travaux manuels dans un simple atelier de menuiserie, et sur les chantiers où se poursuit la construction des bâtiments nécessaires à la mission. Augusto Coïsson, élevé au foyer de l'excellent menuisier qu'était son père, insiste avec raison sur cet enseignement pratique, voyant son utilité pour la formation du caractère des jeunes gens qui lui sont confiés, et pour l'amélioration du niveau matériel des villageois qui vivent dans de misérables huttes de terre et chaume. Lorsqu'une vingtaine d'années plus tard le gouvernement colonial qui a remplacé en 1925 en Rhodésie du Nord la British South Africa Company, nomme un directeur de l'éducation indigène à plein temps, et que celui-ci passe en revue ce qui a été fait jusqu'alors par les missions, il constate qu'il n'y a dans tout le territoire que deux Ecoles Normales pour instituteurs indigènes, donnant une préparation adéquate pour les besoins de l'époque. Celle de la Mission de Paris dirigée par Augusto Coïsson depuis 1907, et celle de la Mission Méthodiste fondée en 1918 seulement.

Entre temps, à M. et Mme Coïsson, qui ont initié l'enseignement à eux seuls, se sont joints deux collègues européens (une institutrice et un instructeur de travaux manuels) et deux professeurs indigènes, Timotea Shebo (de 1918 à 1946) et Eleazare Si'katana (de 1921 à 1931), choisis parmi les meilleurs instituteurs formés par l'école elle-même. Etant donné le niveau relativement élevé atteint par cette seule école dans tout le protectorat du Barotseland, et, jusqu'en 1918, même dans toute la colonie, et les salaires bien modestes que la mission peut offrir à ses instituteurs, plusieurs des jeunes gens qui en sortent sont attirés par des offres d'emploi auprès de l'administration et des commerçants, qui s'établissent de plus en plus nombreux dans le pays. L'Ecole Normale n'a donc pas seulement fourni les premiers instituteurs ayant une préparation sérieuse, mais aussi un grand nombre d'éléments nécessaires au développement du pays dans son ensemble.

En 1933 Augusto Coïsson quitte son champ de travail, après 36 années d'activité et retourne, à Torre Pellice (Torino) sa ville natale. Il n'a pas seulement collaboré au progrès du pays par la formation de centaines de jeunes gens, instituteurs ou employés divers, qui ont joué et jouent encore aujourd'hui, un rôle important dans le développement du pays. Il a aussi exercé une activité fort appréciée, comme membre de l'équipe missionnaire envoyée par la Société des Missions de Paris dans le Barotseland : il en assume à plusieurs reprises la présidence, maintenant des relations amicales aussi bien avec les chefs qu'avec les simples villageois, relations toujours inspirées par un profond respect et un désir sincère de servir et d'aider ces populations à progresser et à s'élever à tous égards à un niveau supérieur à celui auquel ils se trouvent. Objectant aux méthodes adoptées par les membres de certaines autres missions, qui veulent s'adapter à vivre, sur le plan matériel, au niveau où se trouvent alors les indigènes, il aime à dire: «Nous ne devons pas nous abaisser à leur niveau, mais les aider à s'élever au nôtre».

Roberto Coisson


Bibliographie:

ROBERTO COISSON, I Valdesi e l'opera missionaria. Società di Studi Valdesi, Torre Pellice 1963.
P.D. SNELSON, Educational Development in N. Rhodesia 1883-1945. National Educational Company, of Zambia Ltd. 1974 Lusaka.



Cet article, réimprîmé ici avec permission, est tiré d'Hommes et Destins : Dictionnaire biographique d'Outre-Mer, tome 2, volume 1, publié en 1977 par l'Académie des Sciences d'Outre-Mer (15, rue la Pérouse, 75116 Paris, France). Tous droits réservés.




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