Collection DIBICA Classique

Tous les articles créés ou soumis au cours des vingt premières années du projet, de 1995 à 2015.

Boymandjia, Simon-Pierre

1874-1989
Union des Eglises du Comité Baptiste
République Centrafricaine

Boymandjia Seremandji Simon-Pierre était un visionnaire à l’époque où l’attitude paternaliste de certains missionnaires occidentaux représentait un sérieux obstacle à l’émergence des autochtones.

Boymandjia naquit vers 1874 à Bondengué, en République Centrafricaine, de parents Seremandji et Fembeti. Ses cinq frères sont morts très jeunes. Après la mort de ses parents, Boymandjia devint revendeur ambulant du sel à cuisine et parcourait des villages à pied pour vendre ses marchandises. Finalement, il quitta son village et alla s’installer à Fort Crampel (actuellement Kaga-Bandoro), une ville qui pouvait lui offrir plusieurs possibilités de gagner sa vie. C’est dans cette ville qu’il fut converti et baptisé à l’âge de 47 ans au sein d’une église baptiste.

Le récit de sa conversion est frappant. Avant de venir à Jésus, Boymandjia était ancré dans l’animisme. Féticheur, métamorphoseur et charlatan, il pouvait se tranformer en vent ou en arbre d’une manière mystérieuse. Un jour, il passa devant l’église Baptiste Mid-Mission où l’on chantait un cantique chrétien en langue sango:

Dis tout à Jésus

Il connait le coeur de l’homme

Il surpasse les frères et les amis

Dis tous à Jésus aujourd’hui.

Il fut saisi par le contenu, et après un entretien avec les missionnaires, il donna sa vie à Christ. Il fut baptisé la même année. A cause de sa vie et de son aptitude, il ne tarda pas à être désigné comme moniteur de l’école de dimanche.

Les missionnaires de Baptist Mid-Mission furent marqués par son dévouement, son courage et son sens éclairé. C’est ainsi que le statut de Boymandjia passa de celui de garçon de course, à celui de domestique et d’étudiant-évangéliste. C’est après sa formation d’évangéliste que le nom de “Boymandjia” lui fut attribué par les missionnaires, émerveillés par ses prestations: “Hé, Boy-Mandja !” (Hé, ce garçon de l’ethnie Mandja!). Dès lors, son nom de famille “Seremandji” laissa la place au sobriquet “Boymandjia” qui devint désormais son nom officiel. Sa prouesse linguistique était telle qu’il parlait sango, sara-madjingaï, français, arabe, et anglais.

La popularité de Boymandjia commença avec sa vie de féticheur, de revendeur du sel et enfin d’évangéliste charismatique au sein d’une église baptiste conservatrice. Cette popularité facilita son contact avec les leaders politiques émergents aux premières heures des mouvements nationalistes qui conduisirent le pays à l’indépendance en 1960. Un de ces leaders était le prêtre catholique Barthélemy Boganda qui avait l’ambition de transformer l’Oubangi-Chari, longtemps sous la tutelle colonisatrice de la France, en République Centrafricaine. Lors d’une de ses tournées de sensibilisation à Fort-Crampel, Boganda eut un entretien personnel avec Boymandjia. Ce dernier fut ainsi mis au courant de la vision de Boganda qui était d’aider le pays à rompre avec la politique coloniale au moyen d’un référendum. L’approche de Boganda était de sensibiliser les chrétiens, tant catholiques que protestants, pour qu’ils votent pour le changement. Ce changement consistait à rendre aux autochtones le droit de se prendre en charge et de se diriger dans tous les domaines. Comme il était d’accord avec la vision de Boganda, Boymandjia ne tarda pas à exercer son influence sur d’autres chrétiens protestants.

L’adhésion de Boymandjia à ce projet de réforme politique et sociale déplut aux missionnaires qui tentèrent en vain de l’en détourner. Boymandjia échappa à plusieurs tentatives d’assassinat et finit par être excommunié de l’église Baptiste Mid-Mission. En 1956, il quitta l’église avec beaucoup d’autres membres pour fonder sa propre dénomination appelée Comité Mission Baptiste. Cette nouvelle église autochtone fut aussitôt reconnue par un décret gouvernemental. D’autres personnes clés de cette église étaient Boyfini, Mete-Fara et Mondoyangba. Deux ans plus tard l’église adopta une nouvelle appellation, Union des Eglises Comité Baptiste (UECB). Il fallait rompre avec le mot “mission” qui d’une part, avait une connotation colonialiste et, d’autre part, suggérait l’idée que la propriété de cette église revenait aux “missionnaires blancs.” Avec ce changement, ils précisèrent dans les statuts de l’église que les “biens mobiliers et immobiliers sont la propriété personnelle de la famille Boymandjia.”

Boymandjia et ses collègues amorcèrent un travail étonnant. Leur vision était de faire de l’UECB une église au-delà des barrières éthniques, une église du Christ présente partout en Centrafrique. En sa qualité de fondateur et premier responsable de l’église, Boymandjia parcourait le pays, pour la plupart de temps à pied, d’est en ouest, et du nord au sud pour prêcher et inciter les autochtones à la prise en charge. Avec l’appui de Boganda qui était déjà dans les arènes du pouvoir politique, Boymandjia et son église initièrent des activités sociales, principalement l’implantion des écoles.

Dans sa vision expansionniste, Boymandjia se rendit dans trois pays limitrophes pour prêcher l’Evangile et tenter d’implanter les églises, notamment au Tchad, au Cameroun et au Congo-Brazzaville. Au Tchad, il fut sévèrement et publiquement battu par les intégristes arabes. Ses efforts dans ces pays furent aussitôt étouffés soit par les missions protestantes, soit à cause de l’antagonisme islamique.

Boymandjia eut également l’occasion de visiter la France et la Suisse. Ses voyages à l’étranger suscitèrent un soutien moral, spirituel, et matériel de la part de certaines églises occidentales pour appuyer l’effort local de l’UECB.

Boymandjia mourut le 17 novembre 1989 à l’âge de 115 ans, laissant treize enfants issus de trois mariages successifs et soixante-six petits-fils. A sa mort, l’UECB comptait cinquante-et-une églises locales avec 55.000 membres.

L’héritage de Boymandjia Simon-Pierre

Après sa mort, la direction de l’église revint à ses enfants et aux anciens qui n’avaient malheureusement pas le même charisme que Boymandjia. Cette crise de leadership conduisit au schisme de l’église. L’Eglise Baptiste Centrafricaine qui en résulta fut à son tour divisée. L’Eglise de la Coopération Evangélique en Centrafrique vit le jour de cette scission. En 1984, deux églises, l’Eglise Liberté Evangélique et l’Eglise du Christ en Centrafrique, sortirent de cette lignée et, en 2001, naquit la Fédération des Eglises Evangéliques Baptistes. Comme on peut le constater, Boymandjia est l’ancêtre commun de la plupart des églises protestantes existant aujourd’hui en République Centrafricaine.

Fohle Lygunda li-M


Sources:

Abouka, Thomas, pasteur de l’église Union Fraternelle des Eglises Baptistes, Bangui, Centrafrique, réponses au questionnaire, janvier 2005.

Bakende-Thia, Jean-Joël, étudiant-pasteur UECB Gobongo, Bangui, Centrafrique, réponses au questionnaire, janvier 2005.

Boymandjia, Constant, réponses au questionnaire. Il est le fils de Boymandjia, Simon et président de l’Union des Eglises Comité Baptiste, en résidence à Kaga-Bandoro, Centrafrique.

Dote, Koïmara David, secrétaire général de de l’Union des Eglises Comité Baptiste, en résidence à Kaga-Bandoro, Centrafrique, réponses au questionnaire, janvier 2005.

N’Gouloumanda Abel Gueret, réponses au questionnaire, le 13 janvier 2005. Pasteur Abel est le directeur du Centre Missionnaire au Coeur d’Afrique à Bangui.


Cet article, reçu en 2005, est le produit des recherches du Révérend Fohle Lygunda li-M. Récipiendaire de la bourse du Projet Luc en 2004–2005, directeur exécutif du Centre Missionnaire au Coeur d’Afrique (www.cemica.org) à Kinshasa (Rép. Dém. du Congo) et coordinateur régional du DIBICA pour l’Afrique francophone.