Malzac, R. P. Victorin

1840-1913
Église Catholique
Madagascar

Deux traits caractérisent la vie du P. Malzac: il n’arriva à Madagascar qu’à un âge relativement avancé, approchant la quarantaine, et pourtant il réussit à acquérir une maîtrise de la langue et une connaissance de l’histoire du pays, à ses yeux indispensables pour pénétrer dans les profondeurs de l’âme malgache, qui font de lui un des malgachisants les plus marquants: il sût également unir tout au long de sa carrière une jovialité, un peu naïve parfois, qui faisait naître pour sa personne la plus franche des sympathies, et le sérieux d’un travailleur méticuleux qui s’appliquait, des heures durant, à des recherches d’érudit.

Son rayonnement missionnaire incontestable fut à la fois le fruit de son caractère “bon enfant” et de son labeur scientifique poursuivi avec une méthode et une ponctualité qui ne se démentirent jamais.

Il était né le 22 janvier 1840 à Nant dans le département de l’Aveyron. Entré le 24 septembre 1858 au noviciat de la Compagnie de Jésus à Toulouse, il continue dans cette ville sa préparation au sacerdoce en y étudiant la philosophie au cours des années 1860-1862. Le 24 juillet de cette année, il arrive à la Réunion où il enseigne sept ans au collège que les Jésuites dirigent à Saint-Denis.

Il retourne en France en 1869, suivre les cours de théologie à Vals près Le Puy (Haute Loire). Il y est ordonné prêtre en 1873 en même temps que le P. Basilide Rahidy, et achève avec ce dernier sa formation religieuse, à Castres, sous la conduite d’un maître réputé, le P. Paul Ginhac.

En 1875, il est de retour à la Réunion pour un nouveau séjour de cinq ans, au cours duquel on fait volontiers appel à ses talents de prédicateur.

Après quelques mois passés à Mayotte (février-juin 1879), où il est chargé de remettre aux Pères du Saint-Esprit, qui en assument la responsabilité, les établissements de la mission et le service religieux assuré jusqu’alors par les Jésuites, le P. Malzac arrive au lieu qui devait être son véritable champ d’apostolat, Madagascar, et plus exactement l’Imerina. Il a près de quarante ans.

Le premier poste qui lui est confié est celui d’Andrainarivo (Anjozorofady) au nord de Tananarive. Il y mène la vie de missionnaire de campagne jusqu’en 1887, profitant de l’occasion qui lui est offerte d’étudier la langue malgache, qu’il ne tarde pas à connaître à la perfection.

Mais en 1888, il est appelé à remplacer dans la paroisse de Mahamasina (Tananarive), le Père Abinal décédé le 11 novembre précédent. Il mènera de front, pendant vingt-cinq ans, la charge de curé, la direction de l’imprimerie de la mission et la poursuite de travaux linguistiques et littéraires. Il a reçu, en effet de son prédécesseur, avec une paroisse qui compte 2200 fidèles, un dictionnaire malgache qui paraît, dès 1888, sous leurs deux noms, et une seconde édition refondue, l’année suivante.

En 1893, le P. Malzac publie le dictionnaire français-malgache, suivi d’un vocabulaire de poche. Ces instruments de travail connaîtront de nombreuses rééditions au cours des années suivantes, la dernière en date étant de 1963. Ils sont encore de nos jours les meilleurs dictionnaires à la disposition des personnes désireuses d’apprendre le malgache.

Dans le but de poursuivre “l’étude approfondie, méthodique et raisonnée de la linguistique, de l’ethnologie et de la sociologie malgaches,” Galliéni crée en 1902 L’Académie Malgache. Le P. Malzac est pressenti pour faire partie de l’équipe des douze membres fondateurs. Jusqu’à sa mort, il prendra une part active aux travaux de cette Compagnie, et contribuera par ses connaissances et ses compétences chaque jour accrues, à réaliser le but qu’elle s’était donné.

En 1908, il publie une grammaire malgache dont l’introduction est une étude de philologie comparée du malgache et des langues indonésiennes. A plusieurs reprises, il apporte sa collaboration à la revue fondée par Galliéni, Notes, reconnaissance, explorations. Au cours des années 1911 et 1912, le Bulletin de l’Académie Malgache publie son Vocabulaire de philologie comparée du malgache et des langues orientales, qui longtemps fera autorité en la matière.

Depuis 1897, il a mis en chantier une œuvre de longue haleine, en partie inspirée du recueil de témoignages anciens réunis par le P. Callet sous le titre Tantara ny Andriana, qui voit le jour en 1912, l’Histoire du royaume hova, en trois volumes. Mais il était - qui s’en étonnerait? - l’homme de son époque, et cet ouvrage historique porte sur certains événements récents pour lui des jugements que le recul des années nous invite à nuancer davantage.

Il avait également entrepris de préparer des rééditions au texte amélioré des traductions malgaches de l’Imitiaton de Jésus-Christ et du Nouveau Testament. Dans les derniers mois de sa vie, il faisait paraître dans le Messager du Cœur de Jésus de pittoresques articles sur les “Anciennes tentatives de colonisation à Madagascar par les Français (1642-1674).”

Le mardi 1er avril 1913, se sentant malade il quitte sa paroisse de Mahamasina et va se faire soigner à Andohalo. Le docteur Fontoynont, président de l’Académie Malgache, appelé en consultation le 8 avril, vient examiner son ami et déclare son état “très grave.” En effet, le Père entra bientôt en agonie et rendit le dernier soupir en fin d’après-midi, laissant le souvenir d’un érudit au caractère enjoué, d’un missionnaire avide de connaître les populations au milieu desquelles il vivait, afin de mieux les aider.

Bernard Blot


Bibliographie

Lettres de Gemert, tome V, deuxième fascicule, juin 1914, 276 à 283.

Adrien Boudou, Les Jésuites à Madagascar au XIXe siècle, tome II.


Cet article, réimprîmé ici avec permission, est tiré d’Hommes et Destins: Dictionnaire biographique d’Outre-Mer, tome 3, publié en 1977 par l’Académie des Sciences d’Outre-Mer (15, rue la Pérouse, 75116 Paris, France). Tous droits réservés.