Manifatra, Venance

1862-1926
Église Catholique
Madagascar

Fils d’Ignace Manifatra, petit-fils du roi Sakalava Linta, neveu du P. Basilide Rahidy premier Jésuite Malgache, Venance Manifatra naquit le 18 mai 1862 à Faseny près d’Hell-Ville (Nossi-Bé). It reçut dans son enfance une éducation chrétienne auprès du P. Firmin Barbe qui, pendant les trois années qu’il passa à Nossi-Bé, s’occupa d’apostolat auprès des enfants.

A l’âge de 13 ans, Venance Manifatra quitta Nossi-Bé en compagnie de son cousin Charles pour se rendre à Tananarive sous la conduite de Mgr Delannoy, évêque de la Réunion. Parti de Nossi-Bé le 4 juillet 1875, ils arrivèrent le 26 août à Tananarive où les deux enfants furent confiés à la petite école apostolique qui y avait été créée deux ans auparavant. Ils y apprirent le français, le latin et le grec, mais Charles ne persévéra pas dans ses études.

Le 23 novembre 1877, Venance Manifatra fut envoyé à Saint-Denis où on le prépara pendant quelques mois à entrer à l’Ecole Apostolique de Bordeaux. Le 19 juillet de l’année suivante, il partait pour la France en compagnie de deux jeunes Réunionnais. Il termina ses études à l’Ecole Apostolique de Bordeaux, trois ans plus tard.

Le 18 août 1881, Venance Manifatra entra aves ses deux compagnons au noviciat de la Province de Toulouse réfugié temporairement au Collège d’Ona en Espagne à la suite des décrets de 1880 interdisant la Compagnie de Jésus en France.

Il revint à Madagascar comme scolastique en 1886, en même temps que Mgr Cazet, à bord de la Nive, transport de l’Etat, qui arriva à Tamatave le 5 avril de cette année. C’était, avec la fin du premier conflit franco-malgache, la reprise des activités missionnaires.

En 1896, Venance Manifatra fur ordonné prêtre à Tananarive par Mgr Cazet. Ce fut un grand événement dans l’histoire de l’Eglise Catholique à Madagascar; c’était, en effet, la première ordination faite sur le sol malgache.

Le P. Venance Manifatra était vicaire à la Cathédrale d’Andohalo, à Tananarive en 1915 lorsque éclata l’affaire de la V. V. S. Le 24 décembre au soir, il était à son confessionnal lorsque Mgr de Saune le fit appeler. Un commissaire de police était venu l’arrêter car il était accusé de participation au complot de la V.V.S. Il fut emprisonné en même temps que les Frères des Ecoles Chrétiennes, Raphael Rafiringa et Julien. Le jugement fut rendu le vendredi 18 février 1916: tous trois étaient acquittés. La décision du tribunal disposait notamment:

“Attendu qu’il est infiniment regrettable à tous les points de vue que le P. Vance et le F. Raphaël, dont le passé a été révélé au cours des débats et qui ont fait de tout temps, même avant la conquête, œuvre française à Madagascar, aient été compromis dans une affaire à laquelle ils sont l’un et l’autre complètement étrangers…”

La détention avait duré cinquante-six jours. Malgré cette décision d’acquittement, on aurait voulu prendre contre lui une sanction administrative l’éloignant de Tananarive. Mgr de Saune s’y opposa absolument. Du reste, la même année, par mesure de réparation, un décret présidentiel en date du 23 décembre 1916 accordait au P. Venance Manifatra le titre et les droits de citoyen français.

Le P. Venance Manifatra fut professeur au Collège et chargé de divers postes à Tananarive, Fianarantsoa et, en dernier lieu, Tamatave. Il était demandé un peu partout pour donner des retraites, prêcher des missions, et prononcer des prédications de circonstance.

Grand entraineur d’hommes, c’était un travailleur infatigable doué d’une vaste culture et d’un grand sens artistique. Il se livrait à des travaux de traduction et composait des articles. Il a écrit en malgache plusieurs nouvelles réunies dans une brochure très appréciée intitulée “Atsy ary.” Excellent musicien, très sollicité comme directeur de chant, il composa un bon nombre de cantiques malgaches qui vint enrichir le catalogue des cantiques alors en usage dans les églises.

Le P. Venance Manifatra mourut le 9 juillet 1926, à l’âge de soixante-quatre ans, après quarante-cinq ans de vie religieuse dans la Compagnie de Jésus, dont trente ans de sacerdoce, regretté de tous et notamment de ses anciens élèves. Sur les hauteurs de Tananarive, une rue menant à la cathédrale porte aujourd’hui son nom.

Raymond Delval


Bibliographie

La Mission de Madagascar. Vicariat de Tananarive, no 22, décembre 1926, Procure de la Mission, Paris.

A. Boudou s.j. Madagascar, La Mission de Tananarive, 1941, p. 122-125; Les Jésuites à Madagascar au XIXe siécle, t. II, Paris, 1942, p. 127 et 298.


Cet article, réimprîmé ici avec permission, est tiré d’Hommes et Destins: Dictionnaire biographique d’Outre-Mer, tome 3, publié en 1977 par l’Académie des Sciences d’Outre-Mer (15, rue la Pérouse, 75116 Paris, France). Tous droits réservés.