Solages, Henri de

1786-1832
Église Catholique
Madagascar

Les registres paroissiaux de Notre-Dame-du-Bourg de Rabastens, dans le Tarn, mentionnent à la date de 22 août 1786 le baptême de Gabriel-Henri Jérôme, né la veille fils de Jérôme, marquis de Solages, officier du régiment de Vivaray-infanterie et de Elisabeth Thompson, marquise de Solages. Deux ans après cette naissance, la famille se retira en Angleterre, dont la mère était originaire. Elle y fréquenta des familles de Français “émigrés” qui se retirèrent en Grande-Bretagne quelques années après elle.

En 1805, Jérôme de Solages revint en France avec son fils Henri, alors âgé de dix-neuf ans. Ce dernier avait décidé de se faire prêtre et il entra l’année suivante au Séminaire de Saint-Sulpice à Paris. Il fut ordonné prêtre le 17 décembre 1814, à Carcassonne. Pendant son séjour au séminaire, il avait entendu un de ses condisciples, Forbin-Janson, parler avec chaleur de missions et de martyre, ce qui fit naître en lui le désir d’aller prêcher l’Evangile en pays lointain.

En attendant de réaliser ses projets missionnaires, Henri de Solages fut nommé, en 1815, curé de Saint-Benoît de Carmaux dans le Tarn, puis, en 1824, vicaire général de l’évêque de Pamiers. Il rêvait d’évangéliser les îles du Pacifique, déjà ouvertes aux missions protestantes, en y implantant la foi catholique. Sa nomination comme préfet apostolique de l’Ile Bourbon, en 1829, lui parut une occasion de réaliser ce vaste projet missionnaire auquel était associé l’évangélisation de Madagascar, voisine de l’Ile Bourbon. Il travailla intensément à l’élaboration d’un vaste programme pour l’Océanie, mais dut rejoindre son nouveau poste sans avoir obtenu les moyens de réaliser ce projet.

Parti de Bordeaux le 6 septembre 1830, Henri de Solages débarquait à Bourbon le 7 janvier 1831, accompagné de l’Abbé Dalmond qu’il avait intéressé à ses vues sur Madagascar. Pendant dix-huit mois, il prit en mains les destinées de l’Eglise de Bourbon, non sans rencontrer de sérieux problèmes de la part des autorités civiles et auprès du clergé où la mésintelligence régnait. Soucieux de l’évangélisation des esclaves privés de tout enseignement religieux, il fit imprimer un petit catéchisme simplifié pour l’instruction des noirs et des petits créoles également délaissés. L’Eglise de Bourbon avec ses intrigues n’était pas le pays de mission dont il rêvait. Il avait hâte d’inaugurer son action missionnaire à Madagascar; aussi, le 13 juillet 1832, il s’embarquait pour la Grande Ile, après avoir confié à l’Abbé Dalmond comme vice-préfet le gouvernement spirituel de Bourbon. La Sacrée-Congrégation de la Propagande lui avait accordé tous les pouvoirs canoniques pour l’apostolat de Madagascar.

Comme il l’exposait dans une lettre au Pape Grégoire XVI, ce voyage avait pour but de “prendre connaissance du pays et de voir de quelle manière il faudrait s’y prendre pour introduire la foi et la civilisation chez ce peuple encore barbare”.

La traversée fut pénible, Henri de Solages étant sensible au mal de mer. Le bateau fit halte à Sainte-Marie et parvint à Tamatave le mardi 17 juillet. L’arrivée fut décevante. Il fallut toute la journée pour trouver un gîte et plusieurs jours furent nécessaires pour se remettre des fatigues du voyage dans un climat qui se révélait difficile. Il devait prendre contact avec Coroller, le Gouverneur de Tamatave, mais celui-ci imposa une semaine d’attente avant de lui accorder une audience. Au cours de cette visite, Coroller lui conseilla d’écrire à Tananarive et d’attendre l’autorisation de la reine avant de se mettre en route pour la Capitale.

Ignorant complètement les tendances antifrançaises de Ravalona 1re et l’opposition des missionnaires protestants anglais présents à Tananarive, Henri de Solages était persuadé que la reine était favorable aux Français et qu’elle accueillerait volontiers l’idée de créer dans son royaume une école de filles confiée aux religieuses de Saint Joseph de Cluny. Il importait pour lui d’informer la reine de ce projet. Une première lettre étant restée sans réponse, Henri de Solages écrivit une seconde fois sans plus de succès. Il décida, vers la fin de septembre 1832, de partir coûte que coûte pour Tananarive. Il parvint ainsi jusqu’à Maromby où des envoyés de Coroller lui imposèrent de ne pas aller plus loin et lui enjoignirent de revenir à Tamatave, mais il refusa. Il écrivit de nouveau à la reine Ranavalona 1re, évoquant la mauvaise volonté de Coroller.

Avant lui, bien des Européens désireux d’accéder en Imerina s’étaient heurtés à l’obstacle de la forêt et de la fièvre et, devant le mutisme opposé par Tananarive à leur demande, avaient été contraints de rebrousser chemin.

Henri de Solages se replia sur Andévoranto, attendant toujours une réponse; il était isolé de la population que la crainte des émissaires de Coroller et sans doute des instructions venues de Tananarive tenaient à l’écart, sans oser lui apporter ni vivres ni secours. Le paludisme qui sévit dans ces régions ne l’épargna pas et il n’avait pas les moyens de lutter contre la maladie. Il tint ainsi pendant un mois mais la faim, la soif et la misère vinrent à bout de sa volonté. Avant l’arrivée de la réponse négative de la reine, il mourut tout seul isolé dans une case, le 8 décembre 1832, victime de son zèle apostolique. Le lendemain, deux jeunes gens des environs placèrent le corps entre deux matelas car ils n’avaient pu avoir de bière et l’ensevelirent. Pendant longtemps, le lieu de la sépulture fut l’objet d’un certain respect de la part des habitants, puis le sable et la végétation l’envahirent. Une église fut plusieurs années plus tard construite à proximité.

A l’occasion du centenaire de la mort d’Henri de Solages, Mgr Fourcadier, vicaire apostolique de Madagascar, prescrivit des recherches pour retrouver cette sépulture. Le 4 janvier 1932, en présence du R. P. Delom, supérieur général de la mission de l’Imerina, le Père Lhande s.j., prédicateur de Notre-Dame, en voyage à Madagascar, de 5 prêtres et de l’administrateur des Colonies, Chef du district de Brickaville, des fouilles méthodiques permirent de découvrir les restes mortels d’Henri de Solages. On transporta à Tananarive les précieuses reliques du premier missionnaire catholique qui, un siècle plus tôt, avait tenté d’ouvrir la route des Hauts-Plateaux aux pionniers de l’Eglise catholique à Madagascar.

Raymond Delval


Bibliographie

Pierre Lhande, Notre Epopée Missionnaire. Madagascar (1832-1932), Paris, Plon, 1932.

Georges Goyau, Les grands desseins missionnaires d’Henri de Solages (1786-1832), Paris, Plon, 1933.

Adrien Boudou, Les Jésuites à Madagascar au XIXe siècle. Beauchesne, Paris, 1942.


Cet article, réimprîmé ici avec permission, est tiré d’Hommes et Destins: Dictionnaire biographique d’Outre-Mer, tome 3, publié en 1977 par l’Académie des Sciences d’Outre-Mer (15, rue la Pérouse, 75116 Paris, France). Tous droits réservés.