Soury-Lavergne, Pierre

1882-1915
Église Catholique
Madagascar

Biographie

Pierre Soury-Lavergne est né le 14 décembre 1882, à Rochechouart (Haute-Vienne). Il était le dixième de treize enfants. La première instruction lui est donnée en famille et chez les frères des Ecoles chrétiennes. En octobre 1891, il entre au collège des jésuites de Sarlat et y accomplit le cycle normal des études secondaires jusqu’au baccalauréat qu’il obtient en 1898.

Le 3 décembre de la même année, il entre au noviciat des jésuites de la province de Toulouse. Après deux ans, il poursuit des études littéraires et philosophiques à Laval, à Jersey et en Hollande. Pourtant, en 1904, s’étant cassé la tête, il devra une année durant se mettre au repos complet.

En 1905, il sera envoyé au Caire, comme professeur au collège de la Sainte-Famille. En 1909 et durant trois ans, il exercera la même fonction au collège Saint-Michel de Tananarive.

A l’automne 1911, il reprend le chemin de l’Europe pour y achever sa formation par l’étude de la théorie. Il est ordonné prêtre le 2 août 1914 à Enghien en Belgique.

Lorsque la guerre éclate, il est malheureux, car en 1902 l’armée l’avait réformé pour hypertrophie du cœur. Désireux de servir la patrie, là où le danger est le plus grand, il sollicite et obtient une entrevue avec Gallieni, lui parle de Madagascar et est nommé aumônier de la Division de Cavalerie du Général Beaudemoulin. Dès sa première sortie pour secourir des blessés, il se fait prendre par l’ennemi, est condamné à mort, réussit à se tirer de ce pas et via Hollande-Angleterre parvient à rejoindre les troupes combattantes du XVIe Corps d’Armée. Après de nombreuses prouesses, qui lui valurent citations, médaille militaire et légion d’honneur, il sera grièvement blessé à la tête en fin de septembre 1915 et mourra le 8 octobre.

A travers ces quelques traits, on devine la personnalité. “Un brave” titre son biographe. On pourrait ajouter: un homme généreux et passionné, qui se donne tout entier, sans se ménager, à tout ce qu’il fait.

Le Malgachisant

On peut s’étonner de voir paraître ici le nom du P. Soury-Lavergne. Il n’a passé que trois ans à Madagascar. Trois années, il est vrai, bien remplies. Durant ce bref séjour, il acquit une parfaite maîtrise de la langue malgache et, suivant les traces du P. Callet, se passionna pour l’histoire et les coutumes de l’Imerina. Son œuvre commençante lui valut d’être admis comme membre correspondant de l’Académie malgache, le 23 mai 1912. Œuvre, malheureusement, trop tôt interrompue par la mort sur le champ de bataille.

Voici comment un de ses amis raconte la façon dont il aborda la réalité malgache: “Pierre Soury était un caractère ultra énergique. C’était l’homme d’une pensée. Il la suivait, s’y tenait, s’y attachait, jusqu’à lui faire rendre tout et plus qu’elle ne pouvait donner. Il en devenait entêté. A peine arrivé à Madagascar, malgré sa mémoire lente, il se met à l’étude du malgache. Il s’y livre en surveillant, en marchant, partout. Il y gagne un gros accès de fièvre, et, dans son délire, continue à apostropher, en malgache, ceux qui l’abordent.

Résultats: après trois missionnaires, malgachisants consommés, le P. Soury était celui qui possédait le mieux la langue. Il en avait conquis le génie. “Il parle comme nos grands pères”, disaient les élèves, éblouis par les proverbes qu’il leur sortait. Il était pris d’un culte pour l’ouvrage du P. Callet, Tantara ny Andriana, fonds inépuisable de l’histoire et de la langue malgaches…même science de l’histoire malgache. Il avait fouillé tout ce qu’on peut dépouiller”.

Son œuvre écrite et publiée, qui comprend cinq articles importants parus de son vivant et une traduction d’un chapitre des Tantara édité plusieurs années après sa mort par le Bulletin de l’Académie malgache, tourne autour du travail du P. Callet. On y distingue, en premier lieu, une présentation d’ensemble des traditions orales recueillies par son aîné. Deux articles traitent d’Andrianampoinimerina et deux autres respectivement de la circoncision et de la fête du Fandroana.

Le genre de ces travaux s’apparente à l’exégèse. Le corpus établi par le P. Callet présente bien des difficultés à la simple lecture. Le P. Soury-Lavergne, en s’acharnant sur ces textes, a très vite compris comment on pouvait exploiter, tant pour l’histoire que pour l’ethnologie, les richesses qui y sont contenues. On ne peut que regretter l’interruption prématurée de son travail.

J. L. Peter


Bibliographie

Œuvre publiée du P. Soury-Lavergne:

Un épisode de l’histoire malgache. La genèse d’un avènement(1787) . Article sur Andrianampoinimerina, paru dans les Etudes du 5 mars 1912, p. 666 à 688.

Tranche d’histoire. Andrianampoinimerina roi du Nord, “Les sept ans de paix” (1787-1794). Article qui fait suite au précédent et qui a paru dans le Bulletin de l’Académie Malgache, ancienne série, volume X, 1912, p. 157 à 182.

Un chapitre du Tantara du P. Callet. Essai de traduction intégrale. Edité par le Bulletin de l’Académie Malgache, nouvelle série, tome IV, 1918-1919, p. 71 à 130. Il s’agit de la traduction de la partie II, chapitre I du premier volume de l’ouvrage du P. Callet.

Les documents du R. P. Callet. Un historien de Madagascar. Dans: Lettres de Vals, 3e série, tome 2, 1930, p. 54 à 59.

Le P. Victorin Malzac (1840-1913). Dans: Lettres de Gemert, tome 5, p. 276 à 283 (juin 1914).

Les articles suivants sont signés: les PP. Soury-Lavergne et de la Devèze; s.j.:

Un “Sahagun” pour l’ethnologie du peuple malgache de l’Imerina. Les documents du P. Callet s.j. In: Anthropos, tome VII, 1912, p. 194 à 205.

La fête de la circoncision en Imerina (Madagascar); autrefois et aujourd’hui. In: Anthropos, tome VII, 1912, p. 337 à 371 et 627 à 633.

La fête nationale du fandroana en Imerina (Madagascar). In Anthropos, Tome VIII, 1913, p. 306 à 324 et 799 à 800.

Sur le P. Soury-Lavergne:

Pierre Suau. Un brave: le P. Pierre Soury-Lavergne. Toulouse, Apostolat de la Prière et Paris, Mission de Madagascar, 1916, 85 pages et trois pages hors-texte de photos.


Cet article, réimprîmé ici avec permission, est tiré d’Hommes et Destins: Dictionnaire biographique d’Outre-Mer, tome 3, publié en 1977 par l’Académie des Sciences d’Outre-Mer (15, rue la Pérouse, 75116 Paris, France). Tous droits réservés.