Villèle, Joseph de

1851-1939
Église Catholique
Madagascar

Le P. Joseph de Villèle était une figure populairement connue à Tananarive, où on l’appelait familièrement “le Père Joseph.” En raison de son dévouement inlassable pour les plus déshérités, les enfants abandonnés, on le comparait volontiers à Saint Vincent de Paul.

Né à La Réunion en 1851, il entra dans la Compagnie de Jésus en 1869 et orienta ses activités missionnaires sur Madagascar, de même qu’un autre membre de sa famille, le P. Athanase de Villèle.

Il passa en brousse les dix-sept premières années de sa vie missionnaire, de 1880 à 1897. Il y vécut, à partir de 1885, l’époque du Protectorat français et la période troublée de l’insurrection qui suivit l’arrivée des troupes françaises à Madagascar, en 1895. Le soulèvement des Fahavalo, en 1896, avait gagné son secteur et il n’échappa à la mort que grâce à l’obstination et au dévouement de ses fidèles, qui l’emportèrent loin du danger au péril de leur vie.

Il fut affecté à Tananarive en 1898. Nommé assistant du R. P. Colin à l’Observatoire météorologique, il reçut plus tard pour cette activité la médaille de bronze du Service météorologique.

Il créa en 1898 la paroisse Saint-Jean-Baptiste de Faravohitra, qui deviendra une des plus importantes paroisses de la Capitale et dont il construisit brique par brique l’église qui domine les hauteurs de la ville. Il en sera le curé jusqu’en 1931.

En 1905, il se vit confier dans sa paroisse de Faravohitra des enfants métis abandonnés auxquels se joignirent de petits orphelins malgaches et obtint du vicaire apostolique, Mgr Cazet, l’autorisation de s’occuper d’eux. Il les accueillit dans un magasin à campement de la paroisse, où une religieuse de Saint-Joseph de Cluny et une femme malgache s’occupèrent des petits pensionnaires. Au bout de deux ans, ces derniers étaient au nombre de quarante. C’est ainsi que débuta la première œuvre d’assistance aux enfants métis abandonnés et aux enfants malgaches orphelins.

Durant plusieurs années, l’Œuvre ne disposa d’autres ressources que celles provenant de la charité publique et de la générosité de ses bienfaiteurs, ressources bien précaires à la vérité, dont l’irrégularité eut découragé tout autre que le Père de Villèle. Il exprimait sa confiance en invoquant un vieux dicton créole: “N’en a bon Dié dans l’air”… Le P.de Villèle fut aidé dans son action par une assistante venue de la banlieue parisienne, Mme Courtois, dont le nom est inséparable de cette fondation.

En 1917, l’Œuvre reçut pour la première fois une allocation annuelle de 500 francs, accordée par le Gouverneur Général Garbit.

L’année 1924 fut décisive dans le développement de l’Œuvre. Un arrêté du 15 mars, signé par le Gouverneur Général Brunet, autorisait la formation d’une association dite “Société de Secours des Enfants abandonnés” sous la dénomination d’“Œuvre des Paulins de Faravohitra.” En outre, le P. de Villèle obtint, dans la partie Ouest de la Capitale, un terrain où il installa la fraction la plus jeune de ses pensionnaires, dans le quartier de “Bel Air”, dégageant ainsi ses locaux trop étroits. La direction de la maison de “Bel Air les Paulins” fut confiée à Mme Bablon, qui arriva de France en 1931 et créa, l’année suivante, un jardin d’enfants bien équipé.

En 1934, l’œuvre comprenait trois sections: celle des petits à Bel Air, dont la crèche fut confiée plus tard à une infirmière, Mlle Beury; la section d’apprentissage préparant les plus grands à la connaissance d’un métier: serrurerie, menuiserie, cordonnerie, agriculture ; enfin, la section des élèves: ces derniers suivaient comme externes les cours du Collège Saint-Michel.

A cette époque, l’œuvre avait reçu, depuis sa fondation, trois cent quatre-vingt-cinq enfants, parmi lesquels deux cent vingt-deux métis et cent soixante-trois non métis. Parmi ces derniers orphelins, on comptait soixante-dix-neuf malgaches, soixante-deux créoles, douze grecs, quatre chinois, trois syriens, et trois sénégalais.

Notons qu’une œuvre semblable, pour les filles, avait été créée par les Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie.

A la mort du P. de Villèle, en 1939, plus de six cents jeunes métis ou orphelins avaient été soignés, élevés et éduqués grâce à l’œuvre des Paulins. Plusieurs d’entre eux ont accédé à des situations très honorables et l’on peut relever, parmi les plus marquants, un officier Saint-Cyrien, un prêtre, deux docteurs en médecine, un vétérinaire, un pharmacien, deux négociants en France, de nombreux fonctionnaires, colons ou commerçants.

Le P. de Villèle était également, depuis 1920, fondateur et directeur de la Bibliothèque populaire des Bonnes lectures.

Différentes récompenses ont couronné l’activité inlassable de celui qui consacra trente-quatre années de sa vie aux enfants abandonnés et que ces derniers appelaient familièrement “Dadabé” (grand-père).

L’Œuvre des Paulins obtint en 1922 le prix Monthyon de 1 500 francs, attribué par l’Académie Française, à la suite du rapport de M. Raymond Poincaré. Son fondateur fut nommé dans l’Ordre de l’Etoile d’Anjouan en 1933 et Chevalier de la Légion d’Honneur en 1935.

Lors du décès du Père de Villèle, il parut souhaitable d’ensevelir sa dépouille sous les dalles de son église de Faravohitra. Il fallait une autorisation spéciale, qui fut obtenue sans peine des autorités. Ce fut en présence d’une foule innombrable, où catholiques et protestants étaient mêlés, que “le Père Joseph” fut inhumé au pied du maître-autel de l’église qu’il avait bâtie.

M. Marcel Olivier, ancien Gouverneur Général de Madagascar, avait écrit à son sujet, en 1934: “C’est une véritable joie pour moi que de trouver une occasion de dire mon admiration, mon affectueux respect et ma gratitude au vénérable Père Joseph de Villèle qui, depuis quarante-six années, voue son cœur et ses forces à une tâche magnifiquement humaine.”

Raymond Delval


Bibliographie

P. Lhande - Notre épopée missionnaire: Madagascar. Plon 1932.

R. de Gosselin - Les “Sans Familles” - Imprimerie A. Tardy, Bourges, 1934.

Maduré-Madagascar - Revue trimestrielle No 23, Octobre 1939.


Cet article, réimprîmé ici avec permission, est tiré d’Hommes et Destins: Dictionnaire biographique d’Outre-Mer, tome 2, volume 2, publié en 1977 par l’Académie des Sciences d’Outre-Mer (15, rue la Pérouse, 75116 Paris, France). Tous droits réservés.