Collection DIBICA Classique

Tous les articles créés ou soumis au cours des vingt premières années du projet, de 1995 à 2015.

Webber, Joseph

1819-1864
Église Catholique
Madagascar

Le Père Joseph Webber est entré dans l’histoire de Madagascar pour avoir fait partie de la première équipe de missionnaires catholiques envoyés pour fonder la mission en 1844, mais aussi parce que ses nombreux talents, son tempérament impétueux et l’ardeur et son zèle l’ont poussé à être d’avant-garde dans les domaines les plus variés.

Il était né à Valenciennes le 28 janvier 1819. Après avoir commencé ses études à l’école des Frères de sa ville natale à l’âge de sept ans, il les poursuit à Tournai (1833-1834), puis au petit séminaire de Cambrai, pour les terminer au Séminaire du Saint-Esprit à Paris, où il est ordonné prêtre le 10 juin 1842 par Mgr Affre.

Il est désigné l’année suivante pour partir en qualité de “missionnaire apostolique dans l’île de Madagascar, l’île Sainte-Marie et les autres îles soumises à la juridiction du Préfet Apostolique”. En compagnie de ce dernier, M. Dalmond (voir ce nom) et des six premiers jésuites envoyés comme missionnaires à Madagascar, il arrive à Saint-Denis de la Réunion (Bourbon, comme l’on disait alors) le 24 décembre 1844.

Selon les prévisions de leur fondateur, les Pères du Séminaire du Saint-Esprit étaient destinés à évangéliser les territoires qui dépendaient de la France. Le P. Webber est donc envoyé dès janvier 1845 à Mayotte. Mais il ne s’y rend “qu’à contre-cœur”, estimant trop exigu le champ d’apostolat offert à son zèle.

Un an de séjour sous ce climat éprouve sa santé au point qu’en janvier 1846, il doit rejoindre Bourbon “dans un état désespéré!”

Quelques mois plus tard, nous le retrouvons à Hellville (Nosy Bé) où il est chargé de l’aumônerie des ressortissants français, “employé du gouvernement” selon son expression, et “empressé de ne plus l’être!”

Fin 1846, il s’est fixé hors d’Hellville, à Andoany, le plus important des villages des Sakalava fixés à Nosy Bé. Il y a ouvert une école.

Mais en novembre 1848, la nouvelle lui parvient que la Propagande, en attendant la désignation d’un vicaire apostolique pour Madagascar et d’un préfet apostolique pour les “Petites Iles”, l’a nommé Pro-Vicaire Apostolique. Puisque la juridiction que l’on vient de lui confier s’étend sur l’ensemble de Madagascar, toujours prêt à aller de l’avant, il organise de suite une expédition qui va le conduire, ainsi que le P. Neyraguet, six mois durant dans le Menabe (côte ouest de l’île). Leur départ a lieu de Nosy Bé en novembre 1848. Ils séjournent parmi les populations des embouchures de la Tsiribihina et du Manambolo, ainsi que dans la région de Maintirano, et reviennent en mai 1849, pour apprendre que, depuis le 28 septembre 1848, le P. Webber est “Préfet Apostolique des Petites Iles”, la “mission coloniale” d’alors.

Mais de nouvelles tractations en janvier 1851 désignent le P. Finaz pour le remplacer dans cette charge, et il entre au noviciat de la Compagnie de Jésus à la Ressource (Bourbon) le 16 juillet suivant.

Dès son premier séjour à Nosy Bé il avait acquis une telle maîtrise de la langue malgache qu’il avait commencé à rédiger différents ouvrages: dictionnaires, livres de piété. Il met à profit son séjour à la Réunion pour reprendre ses travaux littéraires, se faisant tour à tour compositeur et imprimeur. Il publie, en 1853, un catéchisme betsimisarake, et un catéchisme sakalava et un dictionnaire malgache-français; en 1855 un dictionnaire français-malgache et une grammaire malgache. Il compose des cantiques, des contes, des chants populaires. En 1856, il traduit l’Imitation de Jésus-Christ, qui sera imprimée en 1860.

Dans une lettre du 11 novembre 1848, alors qu’il était Pro-Vicaire Apostolique de Madagascar, il avait écrit au Cardinal-Préfet de la Propagande qu’il désirait “aller à Tananarive à tout prix et au plus tôt”. “C’est là le centre, avait-il ajouté, sans y être on ne peut rien et, de là, on peut tout”. En septembre 1856 une occasion lui est offerte de s’y rendre! Rainimanonja, frère du Premier Ministre Rainijohary, était défiguré par une tumeur au visage. La Reine Ranavalona I accepta, malgré la xénophobie dont elle avait déjà donné maintes preuves, qu’un médecin vint le soigner. Le Docteur Milhet-Fontarabie, de Bourbon, tenta l’aventure en proposant au P. Jouen (voir ce nom) de l’accompagner en qualité d’aide-médecin, avec un autre Père dans les fonctions d’infirmier. On devine l’empressement avec lequel le P. Webber accepta de jouer ce rôle sous le nom de M. Joseph. Le 6 octobre, ils sont les hôtes de Jean Laborde (voir ce nom) à Mantsoa. L’opération ayant réussi, le médecin et son aide quittèrent Tananarive dans les derniers jours de l’année. Mais la présence d’un infirmier s’avéra nécessaire au malade et le P. Webber obtint l’autorisation de prolonger son séjour, d’autant plus que l’infirmier s’était également révélé musicien de talent et, parmi les enfants admis à fréquenter le palais, avait formé des groupes de chanteurs et de chanteuses dont les récitals ravissaient toute la cour. En juillet 1857, alors que tous les Européens doivent quitter Tananarive, une exception est faite en sa faveur qui l’autorise à rester; mais une semaine plus tard il se voit obligé, à son tour, de quitter la capitale. A peine est-il de retour à la Réunion qu’il en repart, le 14 avril 1858, avec l’espoir d’obtenir l’autorisation de remonter à Tananarive. Un refus l’oblige à prolonger son séjour à Tamatave, de là il passe à Sainte-Marie et regagne Bourbon.

La nouvelle de la mort de Ranavalona I s’étant répandue, il s’embarque à nouveau à Saint-Denis le 20 août 1861, avec le P. Jouen et le F. Lebrot, pour arriver à Tamatave deux jours plus tard. Le 9 septembre, il part sans porteurs, sans provisions, sa “botte droite lui mangeant un peu le pliant du pied”. Le 23 suivant, il est à Tananarive. Le lendemain, le nouveau roi Radama II le reçoit. Leur entretien se prolonge “depuis 2 heures et demie jusqu’à 5 heures et demie”, et le nouveau souverain lui déclare qu’il laisse “toute latitude de prêcher la Religion, ouvertement, avec le plus d’éclat possible”.

Sans tarder, le Père ouvre une classe où le chant et la musique alternent avec l’enseignement du catéchisme. Il fait venir sa presse de la Réunion et reprend ses travaux de compositeur-imprimeur, organise de nouveaux chœurs d’hommes, de femmes et d’enfants, reçoit sans arrêt des visiteurs qui ne lui laissent pas le moindre loisir!

Dans les premiers jours de juillet 1864 les foules des campagnes avoisinant la capitale se succèdent, en groupes nombreux, pour la cérémonie de l’offrande du riz à la Reine (depuis le 12 mai 1863, Rasoherina a succédé à son époux Radama II). Le Père Webber profite de cette occasion pour leur faire connaître la mission. Il leur fait visiter la modeste église en planches, proche de l’étang sacré d’Andohalo ; leur explique les images et statues qui s’y trouvent. Il se surmène. Le dimanche 11 juillet, épuisé, il perd connaissance. Une légère amélioration les jours suivants redonnent espoir à son entourage; mais le 31 juillet, après avoir reçu les secours religieux, il tombe dans un demi-délire; et le 2 août ce passionné, qui avait usé prématurément son robuste tempérament pour implanter le catholicisme à Madagascar, rend le dernier soupir à l’âge de 45 ans.

En annonçant sa mort à l’un de leurs amis communs, Frédéric de Villèle, le P. Jouen ajoute: “Je ne serais pas étonné que Là-Haut il ne voulût prier qu’en malgache!”

Bernard Blot


Bibliographie

Le R. P. Webber, de la Compagnie de Jésus, dans Almanach religieux du diocèse de Saint-Denis pour 1866, p. 190-194.

De la Vaissière, Madagascar, ses habitants et ses missionnaires, t. I.

A. Boudou, Les Jésuites à Madagascar au XIXe siècle, t. I.


Cet article, réimprîmé ici avec permission, est tiré d’Hommes et Destins: Dictionnaire biographique d’Outre-Mer, tome 3, publié en 1977 par l’Académie des Sciences d’Outre-Mer (15, rue la Pérouse, 75116 Paris, France). Tous droits réservés.