Collection DIBICA Classique

Tous les articles créés ou soumis au cours des vingt premières années du projet, de 1995 à 2015.

Ganaka, Gabriel Gonsum

1937-1999
Église Catholique
Nigeria

L’archevêque Gabriel Gonsum Ganaka était le premier évêque catholique indigène du diocèse de Jos, et le premier archevêque de l’archidiocèse de Jos.

Ganaka est né à Pankshin le 24 mai, 1937; ses parents s’appelaient Chinkida (par la suite baptisé Peter) et Gwanwa (par la suite baptisée Cecelia). Chinkida était d’un village Ngas appelé Wuseli, au sud de Pankshin. A cause d’un malentendu dans la famille, il est parti pour s’installer à Ampang Est (plus au sud-ouest) où il a rencontré Cecelia Gwanwa, qu’il a épousé. Il a eu un contact avec les missionnaires de la Cambridge Universities Missionary Party (CUMP), une association affiliée de la Church Missionary Society (CMS) qui avait entamé un travail parmi les Ngas en 1910. Il a été converti et s’est inscrit à l’école missionnaire locale, où il a appris à lire et à écrire. Plus tard, Chinkida est devenu gendarme et a pris un poste à Pankshin, où les Ganaka ont eu leurs deux fils, Joshua Sati et Gabriel Gonsum. Gonsum veut dire “qui vient de Sum,” et ce nom servait à rappeler que la famille faisait partie du clan des Sum à Wuseli. Ganaka était un surnom donné à Chinkida par ses amis Hausa, et veut dire “tu devrais aussi avoir ce qui est à toi.”

Gabriel Gonsum a été baptisé Gabriel en 1947 dans l’église de la Croix Sainte à Pankshin, vers l’âge de dix ans, par le père Benedict Sands. [1] Gabriel admirait le père Sands et voulait devenir prêtre. Après sa confirmation, Gabriel Gonsum est devenu serveur à la messe. Il s’est inscrit à l’école primaire de la Croix Sainte en 1945, et à l’école du Sacré Coeur à Shendham, d’où il a obtenu le diplôme en 1952. Son éducation secondaire a eu lieu au petit séminaire de Ste. Thérèse de 1952 à 1957.

Apparemment Chinkida a cessé de pratiquer la foi, parce qu’il a eu au moins trois femmes. Une de ses autres femmes, probablement la deuxième, a donné naissance à un fils, John Jiki, qui est mort dans l’enfance, et l’autre a donné naissance à une fille, Azumi. Quand Gabriel étudiait pour devenir prêtre, il a amené ses parents à la foi catholique et ils ont tous les deux été baptisés dans l’église de la Croix Sainte, à Pankshin. Leur marriage a aussi été célébré dans la même église. Joshua Sati, cependant, est resté anglican jusqu’à sa mort.

Après l’école secondaire, Gabriel s’est inscrit au séminaire des Saints Pierre et Paul, le grand séminaire catholique à Bodija (à Ibadan) où il a reçu une formation de prêtre de 1957 à 1965. Il est rentré à Jos et en 1965, il a été ordonné prêtre dans la cathédrale de Fatima par l’évêque de Jos, le très révérend John Redington. Il est devenu le premier prêtre catholique indigène au plateau de Jos. Ses parents, Peter Chinkida et Cecelia Gwanwa, ont été de ceux qui ont reçu la bénédiction du jeune prêtre. C’était un moment de grande joie, parce qu’il avait réussi à devenir prêtre, un des cinq sur les vingt-cinq de la classe à avoir accompli cela.

Comme jeune prêtre, la première mission de Gabriel Gonsum était d’être prêtre adjoint dans l’église du Sacré Coeur à Shendham. Gabriel Gonsum était un grand homme, très beau. A Shendham, il est dit qu’une femme a pleuré en disant que Gabriel était trop beau pour être prêtre. A partir de Shendham, Gabriel a été reçu dans l’Université pontificale Urbaniana, où il a obtenu une licence en théologie, en 1967, et un doctorat en théologie en 1970. Il est rentré au Nigéria et a servi l’église dans plusieurs capacités: secrétaire des projets dans le diocèse de Jos, ensuite nommé au secrétariat catholique national à Lagos, où il a servi comme secrétaire adjoint au département de l’assistance sociale; adjoint au secrétaire général, et enfin secrétaire général. Le Pape Paul VI l’a nommé évêque auxiliaire de Jos en 1973, et évêque en 1974. Le 2 février 1975, il a reçu le siège d’évêque du diocèse de Jos, un des plus grands diocèses du Nigéria à l’époque, qui comptait presque six états. [2] En 1994 il a été installé comme archevêque de l’archidiocèse de Jos par le Pro Nuncio Apostolique, son Excellence le très rév. Carlo Maria Vigano.

En dehors du fait qu’il était évêque d’un diocèse énorme, Gabriel Gonsum a tenu beaucoup d’autres postes dans l’église et en dehors de l’église. Parmi ces postes: vice-président du congrès des évêques catholiques; vice-président, et par la suite, président, du Symposium des congrès épiscopaliens de l’Afrique et du Madagascar, par moyen duquel il a promu le dialogue interreligieux. En 1996, il a été nommé par le gouvernement du Nigéria pour servir comme membre de “vision 2010,” et il a aussi servi comme président de l’Association chrétienne de la branche de l’Etat du Plateau du Nigéria, de 1975 jusqu’en 1991. Il s’efforçait d’éviter tout engagement politique qui pourrait l’empêcher de lutter pour la justice et l’égalité dans le gouvernement. Son coeur désirait voir la justice sociale. Dans une de ses allocutions aux nouveaux prêtres ordonnés, il leur a dit, “Le rite d’ordination n’est pas un tour magique par lequel un escroc devient un saint, et votre vocation de prêtre ne vous donne pas l’immunité diplomatique de la souffrance, ni même de la capacité d’être injustes; par conséquent, rendez-vous vous-mêmes bien “théologiques” par un engagement avec les questions d’injustice.” [3]

Gabriel Gonsum a mené le renouveau charismatique catholique vers l’avant jusqu’à sa mort. Selon lui, le christianisme charismatique était une des bonnes choses qui sont arrivées à l’église catholique, parce qu’il “répondait à la contradiction entre la foi et la vie, entre le credo et l’acte.” Il a ajouté que “l’église catholique a besoin de ‘fanatiques’ [chrétiens charismatiques] parce qu’il est possible de modérer le zèle d’un fanatique, mais il est impossible de ranimer le corps d’un catholique ‘mort’.” [4] Il rendait souvent visite aux sites des centres d’apparition de Marie à Lourdes, en France, à Medjurgorje, en Yougoslavie, et à Aokpe, au Nigéria. Il se considérait exorciste. Un de ses refrains favoris était (en pidgin):

The biggy-biggy things Jesus done for me (x2)

He bless my papa, He bless my mama,

He buttered my bread and sugared my tea,

He carried Satan up; He nack’am for ground,

The biggy-biggy things He has done for me.

[Les grandes-grandes choses que Jésus à faites pour moi (x2)

Il a béni mon papa, Il a béni ma maman,

Il a beurré mon pain et a sucré mon thé,

Il a pris Satan, et l’a flanqué par terre,

Les grandes-grandes choses que Jésus à faites pour moi.]

Gabriel Gonsum était un prêtre qui travaillait dur. Il a appris le français, l’italien et l’allemand tout seul, et il parlait aussi l’igbo, le hausa (la lingua franca du nord du Nigéria), et le ngas, sa première langue, couramment. Gabriel Gonsum Ganaka était une personne humble et simple, abordable en tous temps par les prêtres, les laïcs et ceux qui n’étaient pas catholiques. Parmi ses collègues, il était connu comme “GGG.” Sa devise, c’était, Nisi Dominus frustra (“en vain sans le Seigneur”), une phrase qui vient du Psaume 127:1.

Le 11 novembre 1999, l’archevêque s’est endormi dans le Seigneur alors qu’il recevait un médicament pour la défaillance cardiaque. Son corps a été ramené au Nigéria, et enterré dans la même année dans la cathédrale de Fatima où il avait été ordonné prêtre en 1965.

Musa A. B. Gaiya


Notes:

  1. Le père Sands est mort à Kwa à l’âge de 33 ans.

  2. Le diocèse comprenait la moitié de l’état de Kaduna, et les états de Nassarawa, Plateau, Bauchi, Gombe et Taraba.

  3. Yilkora, Archbishop Gabriel Gonsum Ganaka.

  4. Ibid.

Sources:

Peter Chinme Yilkora, Archbishop Gabriel Gonsum Ganaka: A Scholar, a Gentleman and a Saint [L’archevêque Gabriel Gonsum Ganaka: un érudit, un gentilhomme et un saint], (Vom: National Veterinary Research Institute, nd.).

John Gyang, Ganaka: An Encounter [Ganaka: une rencontre], (Jos: publication privée, 2003).

Jarlath Walsh, The Growth of the Catholic Church in the Diocese of Jos 1907-1978: the Contribution of the Society of African Missions to its Development [La croissance de l’église catholique au diocèse de Jos, 1907-1978: la contribution de la société des missions africaines à son développement], (Iperu-remo: Ambassador Publications, 1993).

Jos Diocese,* 25 Years of Stewardship: The Silver jubilee of the Priestly Ordination of His Lordship, Rt. Rev. Dr. Gabriel Gonsum Ganaka [25 ans d’intendance: le jubilé d’argent de l’ordination à la prêtrise de mMnseigneur le tr. rév. Gabriel Gonsum Ganaka] *(Jos: Fab Education Books, 1990).

Entrevue avec Mme. Margaret Akabe, cousine de l’archevêque Ganaka, le 4 novembre 2004.


Cet article, reçu en 2005, a été rédigé et recherché par Musa A. B. Gaiya, professeur en histoire de l’église à l’université de Jos, au département des études religieuses, Jos, Nigéria. M. Gaiya a aussi été récipiendaire de la bourse du Projet Luc en 2003 (automne) et en 2006 (automne).