Naudé, Christiaan Frederick Beyers (A)

1915-
Réformé
Afrique Du Sud

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Le révérend Christiaan Frederick Beyers Naudé était le plus grand critique Afrikaner de l’apartheid et son témoignage d’objecteur de conscience était important.

Le père de Beyers Naudé, qui était pasteur néerlandais réformé, était un personnage central du renouveau culturel afrikaner. Il était pionnier de la promotion de la langue afrikaner, et aussi un des fondateurs de la Broederbond, la société secrète afrikaner. Il a donné à son fils le nom d’un général avec lequel il a combattu dans la guerre des Boers (1899-1902). Naudé a suivi la tradition familiale et a fait ses études à l’université de Stellenbosch, le centre de la pensée afrikaner, obtenant la maîtrise en langues et un diplôme de théologie en 1939. Au cours de la même année il est devenu le plus jeune membre de la Broederbond et a été ordonné dans l’église réformée néerlandaise (DRC). Il a été pasteur dans plusieurs endroits du pays pendant vingt ans, et, convaincu de la base biblique de l’apartheid, il a servi parmi les afrikaners comme membre du clergé respecté. Son dernier poste était dans une église aisée de Pretoria fréquentée par plusieurs membres du Conseil des ministres.

En 1960, Naudé a été profondément atteint par le massacre de Sharpeville, dans lequel 69 africains paisibles ont été tués lors d’une manifestation paisible contre les lois de passage qui limitaient le mouvement et le travail des africains. Profondément désillusionné, il a entamé une étude approfondie de la Bible et a conclu que l’apartheid était injuste et n’était pas soutenu par les écritures. Dans le contrecoup de Sharpeville, le Conseil Mondial des Eglises (WCC) a convoqué une réunion des dirigeants des huit groupes réformés majeurs pour discuter de l’apartheid. Naudé était devenu modérateur suppléant de son district d’église et ensuite modérateur, le poste local le plus élevé. Sous sa direction, l’église réformée néerlandaise (DRC) a accepté la déclaration finale qui rejetait l’apartheid. Pour le contrer, le premier ministre de l’Afrique du Sud, le dr. Hendrik VERWOERD, a dirigé une réaction brutale conservatrice qui a désavoué cette position et qui a amené la DRC à quitter le Conseil Mondial des Eglises. Le synode de l’église était furieux, mais Naudé a refusé de changer sa position. En 1963, il a renoncé au poste de modérateur et a fondé le Christian Institute (CI - institut chrétien), une organisation œcuménique ayant pour objectif la réconciliation par voie du dialogue interreligieux. Par conséquent, il a été défroqué, et il a quitté la Broederbond. Il a dit à sa femme, “Il faut se préparer à passer dix ans dans le désert.”

Naudé et le CI ont été harcelés dès le début. Une fois, quand il avait été invité à s’adresser à une réunion de jeunes de la DRC, il a été tiré du bâtiment par des officiels de la DRC. La police a aussi fait un raid chez lui et dans les bureaux du CI. Naudé s’est exprimé ouvertement contre la montée de la violence noire et aussi contre l’apartheid, mais le CI est devenu de plus en plus radical et s’est allié à la théologie de la libération du mouvement de la conscience noire de Steve BIKO, qui rejetait le racisme blanc ainsi que le paternalisme libéral. Beaucoup de membres du personnel du CI ont été bannis ou ont eu le passeport révoqué.

Naudé et le CI ont commencé une campagne de sensibilisation dans les églises chrétiennes. Il a détourné les accusations d’ingérence gauchiste de la WCC (CME), et a déclaré que “ …si le sang coule dans les rues de l’Afrique du Sud, ce ne sera pas à cause des actions du Conseil Mondial des Eglises, mais plutôt à cause de l’inaction des églises de l’Afrique du Sud.” Cette déclaration hardie à donné lieu à une enquête parlementaire sur le CI et sur plusieurs autres groupes chrétiens en 1973, mais Naudé a refusé de témoigner. En 1977 il a été banni pour une période de cinq ans. En 1980 il a quitté l’ERN et a été reçu par l’église réformée africaine, qui a accepté son ordination et qui lui a donné une église. Il a succédé à Desmond TUTU comme secrétaire général du conseil sud africain des églises en 1984, et a tenu ce poste jusqu’à sa retraite en 1987. Quoiqu’il n’ait jamais été lié au Congrès National Africain (ANC), il a été nommé membre de son équipe de négociation pour les rencontres constitutionnelles de 1992 qui ont eu lieu avec le gouvernement de F.W. DE KLERK.

Norbert C. Brockman


Bibliographie

Gastrow, Shelagh (éd.), Who’s Who in South African Politics [Bottin des politiciens de l’Afrique du Sud]. 3ème édition. New York: Hans Zell, 1990.

Lecture supplémentaire:

Brian, G. McLeod. Naudé: Prophet to South Africa (1978).


Cet article est reproduit, avec permission, de An African Biographical Dictionary, copyright © 1994, édité par Norbert C. Brockman, Santa Barbara, California. Tous droits réservés.