Collection DIBICA Classique

Tous les articles créés ou soumis au cours des vingt premières années du projet, de 1995 à 2015.

Koffigan, Massan

1947-1973
Église de Délivrance et Salut Complet en Jésus-Christ
Togo

Née à Afagnan en 1947, Massan Koffigan est la fondatrice de l’Eglise de la Délivrance et du Salut Complet en Jesus-Christ. Dans la culture Mina, le nom Massan veut dire qu’elle était la troisième fille de sa famille.

Son père, Koffigan Sodjanhoundé, et sa mère, Sovidé, auraient tous deux été des sorciers de haut rang reconnus comme tels dans le village.

Massan aurait eu, trois fois de suite, une vision sur l’enlèvement des chrétiens nés de nouveau. Quand elle était encore païenne, elle voyait en rêve ces mystères dont a parlé l’apôtre Paul aux Thessaloniciens, notamment, l’enlèvement de l’épouse. Touchée par ces révélations, Massan créa une assemblée chrétienne à laquelle elle donna le nom d’Eglise de la Délivrance et du Salut Complet en Jesus-Christ. La paroisse qu’elle implanta dans la brousse à environ onze kilomètres de la ville d’Afagnan, était plus fréquentée par les femmes que par les hommes.

Massan était d’une taille géante et avait un regard imposant. Se considérant comme une femme “holocauste,” entièrement consacrée à Dieu, elle resta célibataire jusqu à sa mort. Très pieuse, elle vécut dans une sanctification totale. Aussi avait-elle des révélations pour tous ceux qui l’approchaient. Librement elle révélait à ses visiteurs ou à ses fidèles, leur passé, même lointain, leur présent et leur avenir. Lors d’une première rencontre, Massan était capable de raconter toute la vie de son visiteur. Elle le faisait avec précision et même donnait le nom d’autres personnes impliquées.

Massan faisait aussi des cérémonies sacrificielles pour ses clients à qui elle demandait parfois des oeufs de poule, des bougies, des parfums précis, des tissus blancs, rouges ou noirs selon la gravité du problème. Ces pratiques faisaient dire aux détracteurs que Massan était une sorcière déguisée en servante de Jesus-Christ. Mais ses clients la soutenaient toujours et la défendaient farouchement malgré les nombreuses critiques des chrétiens.

Massan avait une équipe de travail très dynamique. Sur inspiration, dit-elle, elle avait choisi douze femmes qui étaient ses disciples. Parmi les douze, l’une d’entre elles, Selo Ayélé Léocadie (épouse Kangni), savait lire et écrire le français et joua, par conséquent, le role de sécrétaire dans l’equipe. Celle-ci détient une archive de Massan.

Massan aurait fait plusieurs miracles, en particulier la résurrection de deux enfants. Selon le témoignage de la soeur Selo Ayélé Léocadie, les enfants etaient vraiment morts, leurs parents les ayant amenés à Massan plusieurs heures aprés leur décès (la distance qui sépare l’église de la ville confirme aussi ce témognage). Dans les deux cas, les enfants sont revenus à la vie.

Massan a exercé son ministère pendant sept ans avant de rendre l’âme en décembre 1973. Malheureusement son église est morte avec elle, faute de dirigeant préparé pour prendre la relève. Aujourd’hui, l’Eglise de la Délivrance et du Salut Complet en Jesus-Christ n’existe plus.

Henri Dah-Gbeto


Sources:

Mme. Selo Ayélé Léocadie, épouse Kangni, secrétaire de Révérende Massan Koffigan, interview, 2003.

Apemagnon Ayawo, interview, 2003.


Cet article, reçu en 2004, est le produit des recherches du Révérend Henri Dah Gbeto, de la Fondation Tyrannus à Lomé, Togo, et coordinateur de liaison pour le DIBICA. Tous droits réservés.