Streicher, Henri

1863-1952
Église Catholique
Ouganda

Henri Streicher était un évêque missionnaire catholique important en Afrique. Il a beaucoup fait pour créer les premiers prêtres africains catholiques ainsi que le premier évêque africain catholique de l’ère moderne. L’historien Adrian Hastings, en 1994, a cité avec appui le verdict de Celso Constantini, selon qui Streicher aurait été “le missionnaire le plus important du vingtième siècle.” Streicher est né à Wasselonne, en Alsace catholique, le 29 juillet, 1863. Il a rejoint la Société des Missionnaires d’Afrique (les Pères Blancs) et a été ordonné prêtre en septembre 1887. Il a d’abord été assigné à enseigner l’histoire de l’église et la bible pendant deux ans au séminaire melchite grec, qui était dirigé par les Missionnaires d’Afrique à Jérusalem. Ensuite, il a enseigné la théologie systématique dans la faculté de théologie de la société à Carthage, en Tunisie. Cette première expérience de l’enseignement théologique en faculté l’a convaincu de l’importance de former des prêtres indigènes africains, une conviction qui était d’ailleurs partagée par d’autres missionnaires en Ouganda qui avaient aussi profité de l’expérience de Jérusalem, dont l’évêque John Joseph Hirth, l’évêque John Forbes, et le père Auguste Achte.

Assigné à la mission de Victoria Nyanza en 1890, il y est arrivé début 1891, et a immédiatement été envoyé à Buddu, dans le sud du royaume Ganda. Dans la guerre civile qui a accompagné l’annexion britannique en 1892, la majorité loyaliste catholique a été obligée de se rendre à Buddu. Peu après l’établissement de la paix, Streicher, (qui était appelé “Stensera” par les Ganda), a fondé la station missionnaire de Villa Maria. En 1894, la mission Victoria Nyanza a été divisée en trois. John Joseph Hirth, l’ancien évêque de la région entière, a reçu le Nyanza du sud. Comme les Missionnaires d’Afrique parlaient le français, et que la plupart d’entre eux étaient citoyens français, on a donné aux missionnaires anglais catholiques de Mill Hill la partie vers l’est, appelée “Nil supérieur.” Le reste a été désigné le “Nyanza du nord,” et a été confié à l’évêque A. Guillermain, qui a assigné Streicher à Rubaga dans la capitale de l’Ouganda. Suite à une fièvre hémorragique en 1896, Guillermain est mort soudainement, et Streicher a été nommé successeur l’année suivante, recevant l’ordination épiscopalienne de la part de Hirth le 15 août à Bukumbi, en Tanzanie moderne. Streicher était évêque du Nyanza du nord pendant trente-six ans, et a établi son quartier général à Villa Maria.

Le diocèse de Streicher comprenait l’ensemble de la partie méridionale et occidentale de l’Ouganda moderne. L’évangélisation des royaumes Nyoro et Toro vers l’ouest avait déjà été entamée par son prédécesseur. Il a commencé le travail à Ankole en 1901, et vingt ans plus tard, à Kigezi. Quand il a pris le diocèse en main, il y avait 30.000 chrétiens baptisés. Quand il a pris sa retraite en 1933, il y en avait 303.000. En outre, il y avait aussi 46 prêtres africains et 280 sœurs religieuses. Intelligent, vigoureux, autoritaire et indépendant, Streicher était extrêmement organisé. Ces synodes diocésains étaient méticuleusement préparés. Toutes les résolutions étaient déjà rédigées d’avance - par lui! Les participants au synode étaient tout simplement obligés de voter “oui” avant d’être permis de demander à l’évêque d’expliquer quelque chose.

Puisque la famille royale Ganda était maintenant entre les mains de la mission anglicane, Streicher est devenu de plusieurs manières le centre “royal” d’attention pour les catholiques Ganda, une sorte de prince évêque. Les chefs catholiques s’étaient installés à Buddu, et faisaient ce que l’évêque leur demandait de faire. L’évangélisation se faisait par la voie de l’influence de ces chefs, avec l’aide des catéchistes Ganda. Comme les chefs avaient dorénavant envoyé leurs fils à la cour pour être pages du roi, ils les envoyaient maintenant au séminaire pour être “pages” de Streicher. Dans la pensée des catholiques Ganda, l’église possédait une structure qui ressemblait à leur propre royaume. Dans les photos qui existent, on peut voir Streicher avec sa barbe française impériale, un personnage maigre mais d’air royal, assis sur le trône d’une peau de léopard royale, où encore portant une robe de prince noire et dorée sur sa soutane.

L’objectif primordial de Streicher était pastoral : il fallait aider les siens à être des chrétiens convaincus et exemplaires. Une partie importante de sa stratégie, c’était d’avoir des écoles. L’expérience avait été faite et avait prouvé que les chrétiens éduqués étaient plus persévérants. Les missionnaires ont fait bien attention au chemin qui mène au sacrement de la communion : il était long et soigneusement préparé. Il fallait connaître l’alphabet avant d’être admis au catéchisme. Avant d’être baptisé, il fallait savoir lire. Streicher a insisté qu’il fallait qu’il y ait une école dans chaque centre paroissial et dans chaque village de station externe. En 1902, il a commencé un collège de formation pour les enseignants catéchistes. Ses missionnaires français, en général, ne connaissaient pas l’anglais et de toutes façons, Streicher avait interdit qu’on enseigne l’anglais dans ses écoles afin que les chrétiens ne soient pas tentés par les influences séculaires de la vie urbaine et de l’emploi gouvernemental. Ce n’est qu’avec la plus grande réticence qu’il permit l’enseignement de l’anglais dans ses séminaires en 1916. Il faut dire que cette tentative de protéger son troupeau des dangers du monde était peu judicieuse et en fin de compte, irréaliste. De plus, cette politique a crée une situation dans laquelle l’Ouganda commençait vite à développer une élite protestante et une paysannerie catholique.

Ce sont des craintes pareilles qui ont aussi provoqué la réticence de Streicher vis-à-vis de l’établissement de l’éducation secondaire dans le diocèse. Il s’est rendu compte, cependant, de l’importance d’une “école de chefs” où l’enseignement serait donné en anglais. C’était là l’origine d’une école secondaire qui recevait des subsides du gouvernement et qui était aussi payante, l’école secondaire de St. Marie Rubaga, fondée en 1906, à l’époque ou l’église anglicane soutenait déjà quatre écoles secondaires en Ouganda. Streicher était tout aussi réticent à permettre aux ordres catholiques enseignants de travailler dans son diocèse, et voyait cela comme une menace potentielle vis-à-vis de son autorité. En 1924 cependant, neuf ans avant de prendre sa retraite, il a invité les frères canadiens de l’instruction de Ploermel à recommencer la prestigieuse école de Ste. Marie Rubaga à Kisubi, et de commencer d’autres écoles dans le diocèse. Lorsque l’évêque Arthur Hinsley (qui a été cardinal par la suite) est venu en Ouganda en 1929 comme visiteur apostolique, dans le but d’encourager l’éducation catholique, Kisubi était déjà l’école modèle du diocèse. Streicher a aussi invité des missionnaires canadiens qui pouvaient parler anglais, et plusieurs de ceux-ci sont devenus évêques. Un de ces derniers s’appelait John Forbes, le premier missionnaire d’Afrique canadien, qui est devenu son auxiliaire en 1918 (il est mort soudainement en 1926). Un autre s’appelait Édouard Michaud, et celui-ci l’a succédé comme vicaire apostolique à Rubaga. Un autre encore était l’archevêque Joseph Cabana, qui est devenu archevêque de Rubaga quand Michaud est mort en 1945. En 1924, Streicher a aussi répondu aux recommandations de la commission Phelps-Stokes sur l’éducation, en fondant des collèges de formation pour éducateurs pour hommes et pour femmes à Bikira et à Bwanda.

S’il y avait de l’ambiguïté dans la politique de l’éducation de Streicher, il n’y en avait aucune dans sa détermination d’engendrer des séminaires et de soutenir la formation de prêtres indigènes. C’était en fait la priorité qu’il a rendue publique lors de son ordination épiscopalienne. En 1929, il a déclaré : “Pour moi, avoir un prêtre indigène est plus important que la conversion de dix mille personnes.” Quand il est devenu évêque, Streicher a hérité d’un séminaire à Kisubi, sur les bords du lac Victoria. De 1901 jusqu’à 1903, à cause de l’épidémie de la maladie du sommeil, il a fallu réinstaller les seniors à Bikira et les juniors à Bukalasa, près de Villa Maria, où les seniors les ont rejoints peu après. En 1911, les séminaristes seniors sont allés à la colline avoisinante de Katigondo, le séminaire qui jusqu’à aujourd’hui a donné presque mille prêtres à l’Afrique. C’est de ce séminaire, en 1913, que sont venus les deux premiers prêtres africains du temps moderne, Bazilio Lumu et Victoro Mukasa Womeraka, ordonnés par Streicher lui-même à Villa Maria.

La béatification des martyrs de l’Ouganda à Rome en 1920 était un autre accomplissement important de Streicher, un événement qu’il a préparé lui-même et auquel il a assisté en personne, accompagné de deux confesseurs de la foi qui avaient échappé de peu au martyre en 1885-1886. Pendant le reste de son règne, Streicher s’est occupé à préparer ses missionnaires et son diocèse pour l’autonomie africaine. Lorsqu’il a pris sa retraite en 1933, c’était déjà accepté, en principe. Son diocèse a été divisé en deux vicariats : Rubaga et Masaka (Buddu). Streicher avait appuyé l’avancée de l’autonomie africaine, et cela avait provoqué beaucoup de mauvais sentiments parmi les missionnaires. Pendant six ans, un vicaire général africain avait administré Masaka. Ensuite, en 1939, Joseph Nakabaale Kiwanuka, un missionnaire d’Afrique Ganda, de Masaka, a été nommé son premier évêque africain. Streicher était aux côtés du Pape Pie XII le 29 octobre, à la consécration de Kiwanuka, à Rome, comme vicaire apostolique de Masaka et premier évêque africain en temps moderne. Streicher lui-même a été honoré par le Pape, d’abord en 1914, quand il a reçu le droit de porter la cappa magna d’un archevêque, et ensuite dans sa retraite, ayant reçu le titre d’archevêque privé. S’étant retiré à Ibanda dans son premier diocèse, Henri Streicher est mort le 4 juin, 1952, après avoir reçu les derniers sacrements de la part de l’évêque Kiwanuka. Il est enterré dans l’église qu’il a bâtie à Villa Maria.

Aylward Shorter M. Afr.


Bibliographie

J. Cussac, Evêque et Pionnier, Monseigneur Streicher (Paris: 1955).

Adrian Hastings, The Church in Africa, 1450-1950 [L’église en Afrique, 1450 - 1950] (Oxford: Clarendon Press, 1994).

Roger Heremans, L’éducation dans les Missions des Pères Blancs en Afrique Centrale 1879 - 1914 (Brussels : Editions Nauwelaerts, 1983).

John Mary Waliggo, A History of African Priests [Une histoire des prêtres africains] (Nairobi: Matianum Press Consultants, 1988).


Ce récit, reçu en 2003, a été recherché et rédigé par le dr. Aylward Shorter M. Afr., directeur émérite de Tangaza College Nairobi, université catholique de l’Afrique de l’Est.